Le correctif logiciel de Boeing pour le problème du 737 MAX submerge l'ordinateur de bord de l'avion
Selon les pilotes de la FAA

Le , par Bill Fassinou

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La crise du 737 MAX de Boeing ne finit pas et l’on se demande si une solution finale verra le jour ou jusqu’à quelle date l’avion restera cloué au sol. À la suite des deux crashes du 737 Max ayant causé la mort de 346 personnes, l’efficacité du système anti-décrochage MCAS a été remise en cause et Boeing a été contraint de déployer des mises à jour pour corriger les défauts soulignés. Après de nombreux tests, dont un réalisé en simulateur par des pilotes de la FAA en fin du mois de juin pour témoigner de l’efficacité du correctif du système MCAS, ces derniers ont indiqué avoir découvert un nouveau problème qui pourrait faire en sorte que le 737 MAX reste encore longtemps cloué au sol.

En effet, le Maneuvering Characteristics Augmentation System (MCAS) est un dispositif matériel et logiciel du Boeing 737 MAX destiné à éviter le décrochage en pilotage manuel, volets rentrés. Quand il détecte que l'incidence de l'avion dépasse une valeur considérée comme dangereuse (en fonction notamment de la vitesse et de l'altitude), il s'active pour compenser l'avion à piquer en déplaçant le plan horizontal réglable de l'empennage. Pour remonter un peu plus en arrière, c'est la recherche d'amélioration d'efficacité énergétique du Boeing 737 Max qui a entraîné le choix de moteurs plus volumineux. La place disponible sous l'aile étant limitée, il a fallu les positionner plus haut et plus en avant, et modifier la forme de leur nacelle par rapport aux modèles précédents de 737.

Dans certaines de configurations aérodynamiques et de poussée, cette position risquerait de rendre insuffisante l'efficacité à piquer des gouvernes de profondeur. Pour maintenir une manœuvrabilité acceptable, Boeing a conçu le Maneuvering Characteristics Augmentation System (MCAS) ou « système d'amélioration des caractéristiques de manœuvrabilité ». Celui-ci ne peut théoriquement intervenir que quand l'avion est en pilotage manuel, volets rentrés. Quand, du fait d'un facteur de charge trop important ou d'une vitesse trop faible, l'incidence dépasse une limite dépendant de la vitesse et de l'altitude, le système s'active de façon transparente pour le pilote de l’avion pour compenser automatiquement l'avion à piquer en augmentant le calage du plan horizontal réglable.

Lorsque les deux accidents impliquant le Boeing 737 MAX qui ont causé la mort de 346 personnes sont survenus, l’efficacité du système a été remise en cause et les avions ont été retenus au sol, en attendant que le constructeur trouve des solutions aux différents problèmes soulignés. Les organisations telles que l'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) et la Federal Aviation Administration (FAA) aux États-Unis ont émis de nombreuses inquiétudes sur le système anti-décrochage MCAS et Boeing a été invité à déployer des correctifs du logiciel pouvant résoudre le problème du 737 MAX. Si le correctif est disponible depuis le mois de mai, l’avionneur américain n’a cependant pas encore reçu l’autorisation de faire voler à nouveau ses engins.

Pourquoi ? Eh bien, l’on estime que les tests réalisés depuis le déploiement du correctif du logiciel de bord du 737 MAX ne sont pas très concluants. « La FAA suit un processus minutieux, et non un calendrier prescrit, pour retourner le Boeing 737 Max au service passager. La FAA lèvera l'ordre d'interdiction de l'aéronef lorsque nous jugerons qu'il est sécuritaire de le faire. Nous continuons d'évaluer la modification logicielle de Boeing au MCAS et nous continuons à mettre au point les exigences de formation nécessaires », a déclaré l’agence américaine à la fin du mois de juin passé. Cette déclaration résulte du fait que de nouveaux tests réalisés par des pilotes de la FAA en juin, mettant en œuvre le correctif fourni par Boeing, ont révélé l'existence d’un autre problème.

Système de commandes de vol du 737 MAX


Quel est le problème que pose le correctif logiciel de Boeing pour le 737 MAX ?

Le problème qui a été découvert est lié à la vitesse de traitement des données d'une puce informatique de commande de vol spécifique, selon les deux personnes ayant une connaissance du problème. Lors du test, le pilote de la FAA a rencontré des retards dans l'exécution d'une étape cruciale nécessaire à la stabilisation d'un aéronef. En effet, ces derniers ont indiqué que dans un simulateur de vol en juin, des pilotes de la FAA ont testé des activations erronées du logiciel anti-décrochage qui enfonce le nez du Max. Au cours de l’exercice, un pilote de la FAA n'a pas été en mesure de suivre rapidement et facilement les procédures d'urgence de Boeing pour reprendre le contrôle de l'avion. Selon des sources qui ont assisté aux tests, le pilote a qualifié cet échec de catastrophique, ce qui signifie que cela pourrait entraîner la perte d'un avion à mi-vol.

Selon Peter Lemme, un ancien ingénieur des commandes de vol chez Boeing, comme les versions précédentes du 737 NG et du Classic, le 737 MAX possède deux unités FCC (Flight Control Computer), FCC A et FCC B, dotées chacune de deux unités centrales. Les FCC sont des calculateurs qui reçoivent des données pour la plupart issues de capteurs, puis qui les analysent, et qui envoient ensuite des ordres aux commandes de vol du pilote automatique ou au moteur qui actionne le STAB TRIM. Un FCC est composé de deux processeurs, chacun fonctionnant indépendamment. Il dispose de deux processeurs 16 bits. Les numéros de pièce des deux processeurs sont différents pour éviter tout problème de conception. Les processeurs calculent différentes commandes.

Un FCC reçoit, entres autres, les données suivantes : la position des volets, les données d’altitude (radioaltimètre), les données issues de l’ADIRU (Air Data Inertial Reference Unit), le régime moteur et le capteur qui indique si l’avion est au sol ou pas. D’après les explications de Lemme, l’installation des FCC du 737 MAX est une configuration « dual-dual ». Il existe deux processeurs différents dans chacun des deux ordinateurs du pilote automatique, programmés chacun par des personnes différentes. La plus grande menace est une défaillance logicielle en mode commun. Le fait de programmer deux groupes différents à partir d'un ensemble commun d'exigences est un moyen d'atténuer une défaillance de mode commun. L’architecture « dual-dual » est unique, a-t-il précisé.

Selon lui, la décision de réduire le temps de traitement d'un seul canal et d'un seul processeur revient au 737 classic. « La fonction MCAS n’est qu’un autre module logiciel FCC qui se comporte, à un niveau élevé, comme le réglage de vitesse, dont l’architecture aurait ensuite été répliquée », a-t-il expliqué. Le 737 n'utilise qu'un seul FCC à la fois et le système Speed ​​Trim (STS), dont MCAS fait partie, ne fonctionne que sur l'un des deux processeurs internes de cet ordinateur de bord. Les processeurs en question sont des processeurs de type Intel 80286. La version originale Intel de ce processeur a été vendue entre 1982 et 1991. Il avait une fréquence d'horloge maximale de 4, 6 ou 8 MHz. Il a ensuite été reproduit par un certain nombre de sociétés, notamment par AMD et la société aéronautique Harris.

Ces diverses reproductions possédaient des fréquences d'horloge de 20 et 25 MHz. Il est probable que le FCC du Boeing 737 utilise ces types de processeurs ou des types similaires. Selon le média américain Moon of Alabama (MoA), ces vieux processeurs sont très fiables et sans erreur. Mais ils ont moins du 1/1000ème de la capacité de calcul d’un téléphone cellulaire moderne. Selon Lemme, un processeur de l'ordinateur de vol exécute jusqu'à 11 processus différents. Tous ont besoin de recevoir les entrées de capteurs externes, d'exécuter leurs algorithmes et de transmettre une commande aux actionneurs appropriés qui contrôlent les surfaces de vol mobiles de l'avion. D’après lui, la conclusion est simple : « Le fait que le pilote de la FAA ait rencontré des retards dans l'exécution d'une étape cruciale provoquée par l'ordinateur indique une surcharge de capacité ».

Selon d’autres explications qu’il a fournies, l’ordinateur de commande de vol utilise des systèmes d’opération spéciaux avec un minimum de temps système. Ils sont programmés dans des langages de programmation très efficaces. La conception et la mise en œuvre du logiciel suivent un processus très strict utilisant des outils spécialisés. « Tout cela est bien meilleur que ce que j'ai utilisé pendant mes temps de programmation », a-t-il souligné. Pour lui, les programmes écrits à des fins de contrôle de vol sont déjà hautement optimisés. Ainsi, poursuit-il, les optimiser davantage « à la main » romprait le processus réglementé requis par la production de tels logiciels.

Le Boeing 737 MAX est-il prêt à décoller à nouveau ?

Les probabilités sont très faibles à ce sujet. Si le problème se présente sur cet angle, il est peu problème que l’avionneur américain puisse le résoudre avec de simples correctifs, car cela ne ferait qu'augmenter la charge de travail des processeurs. Selon le MoA, Boeing a notifié à la FAA qu’il va se pencher sur ce nouveau problème détecté par l’agence et le résoudre également. D’après les conclusions rapportées par le média MoA, il est peu probable que cela soit possible. La charge logicielle se trouve déjà à la frontière, voire au-dessus des capacités physiques des ordinateurs de contrôle de vol actuels.

Le potentiel d'optimisation du logiciel est probablement minime. Les ordinateurs de commande de vol utilisés par les 737 MAX et NG ont été développés du début au milieu des années 90. Il n'y a pas de solutions sur le marché pour des performances supérieures. MCAS était un pansement, rapporte le média. En raison de la nouvelle position du moteur, la version du 737 MAX avait changé de comportement par rapport aux anciens types de 737, même si elle utilisait toujours la certification des types plus anciens. MCAS était censé corriger cela. Le correctif logiciel pour MCAS est une autre aide de bande sur le dessus. Le correctif logiciel que Boeing promet maintenant pour résoudre le problème découvert par le pilote de la FAA serait la troisième aide de bande sur la même plaie. Il est donc peu probable que cela arrête le saignement.

Boeing avait envisagé de remettre en vol ses Boeing 737 Max déjà à la mi-décembre, mais ce nouveau problème détecté par la FAA risque d'empiéter sérieusement sur les plans de l’avionneur. La FAA a bien été claire sur la question. « Les Boeing 737 Max ne décolleront pas tant que nous ne serions pas certains que toutes les conditions requises pour la sécurité des passagers sont remplies, a déclaré l’agence américaine ». L’AESA s’est également bien fait comprendre sur le sujet. Après la notification de ce problème, l’agence européenne a toute de suite exigé d’autres changements sur le 737 MAX.

Quelles sont les exigences auxquelles Boeing doit répondre avant de faire décoller son 737 Max ?

L'organisme européen de réglementation de l'aviation a dressé une liste détaillée de cinq exigences majeures auxquelles l’avionneur américain doit répondre avant de permettre la remise en service du 737 Max, a rapporté Bloomberg en citant des personnes au courant de l’affaire. L’AESA a adressé les sujets à la haute direction de Boeing ainsi qu'à son homologue américain, la Federal Aviation Administration, dans une lettre ces derniers jours. Les préoccupations se font de plus nombreuses en ce qui concerne le suivi du 737 MAX.

L’on se demande si Boeing pourra se débarrasser définitivement du problème du système d’anti-décrochage MCAS. Cela pourrait bien prendre plus de temps à Boeing que ce qu’il avait imaginé au début. Selon des projections du cabinet de conseils Archery Strategy Consulting (ASC) publiées au début de ce mois, la crise du 737 Max pourrait encore durer longtemps et coûter une somme colossale à l’avionneur américain. Les raisons évoquées par le cabinet sont, entre autres, la pénurie de simulateurs pour la formation des pilotes et la nouvelle faille découverte par la FAA.

Le 737 MAX de Boeing est cloué au sol depuis le 13 mars à la suite de deux accidents mortels. D’après le cabinet, le 737 MAX pourrait bien rester cloué au sol pendant un an, voire plus, engendrant une perte d’au moins 10 milliards de dollars à Boeing. Le 737 MAX va-t-il décoller à nouveau ? Quelle solution s’offre à Boeing dans ce cas précis à en juger du fait que les experts estiment qu’une nouvelle mise à jour du logiciel de l’ordinateur de bord ne résoudra pas le problème ? Faut-il remplacer les anciennes unités de calculs des modèles 737 de Boeing ou repenser le design comme le préconise Gregory Travis ? Cette situation souligne d’énormes préoccupations.

Source : Moon of Alabama

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Le 28/07/2019 à 17:53
La FAA aurait assoupli l’approbation du logiciel MCAS du Boeing 737 Max en 2017,
selon les résultats d'une enquête

Environ cinq mois après les deux crashs survenus peu après leur décollage et n'ayant laissé aucun survivant, en octobre 2018 (Vol 610 Lion Air) et en mars 2019 (Vol 302 Ethiopian Airlines), le 737 Max est toujours cloué au sol et interdit de vol dans tous les pays. Les efforts pour résoudre les défaillances du système MCAS n’aboutissent toujours pas et, pire encore, d’autres problèmes apparaissent avec le temps, ce qui pourrait amener l’avionneur à suspendre la production du 737 Max. Cela dit, il semblerait que cette crise sans précédent dans l’histoire de l’aviation aurait pu être évitée si l’agence de réglementation de l’aviation n’avait pas relâché sa surveillance.

La FAA aurait manqué de rigueur dans le processus réglementaire de validation du 737 Max

Selon une enquête menée par le New York Times, la Federal Aviation Administration (FAA) aurait manqué de rigueur dans le processus réglementaire de validation des aéronefs, compromettant ainsi la sécurité du 737 Max. Les conclusions de l’enquête du New York Times soulignent que la FAA n’a pas procédé au contrôle du MCAS comme cela aurait pu l’être. La société a effectué ses propres évaluations du système, qui n’ont pas été soumises à des tests de résistance par l’organisme de réglementation. Selon le New York Times, l'agence aurait laissé deux ingénieurs relativement peu expérimentés superviser les premiers travaux de Boeing sur le système.

Selon le journal américain, ce n’est qu’après le premier crash du 737 Max de Boeing que les ingénieurs de la FAA ont pris conscience de façon troublante du fait qu’ils ne comprenaient pas parfaitement le système automatisé qui avait permis de plonger l'avion dans le piqué, tuant tout le monde à bord. Quelques jours après l’incident d’octobre 2018, ces derniers ont parcouru leurs dossiers à la recherche d’informations sur le système MACAS conçu pour éviter les blocages, mais ils n'ont pas trouvé grand-chose. Les régulateurs n'avaient jamais évalué de manière indépendante les risques du logiciel dangereux appelé MCAS lorsqu'ils ont approuvé l'avion en 2017.

De plus, plus d'une douzaine d'employés et d'anciens employés de la FAA et de Boeing qui ont discuté avec le New York Times ont décrit un processus réglementaire défaillant qui avait pour effet de neutraliser l'autorité de surveillance de l'agence. Boeing a-t-il certifié lui-même la sécurité du 737 Max ? Si l’on en croit les faits que rapporte le journal américain, il semblerait que la réponse soit oui. En effet, après avoir laissé deux ingénieurs relativement peu expérimentés superviser les premiers travaux de Boeing sur le système, La Federal Aviation Administration aurait finalement confié la responsabilité de l’approbation du MCAS au fabricant, c’est-à-dire à Boeing lui-même.

Boeing aurait-il fait pression sur la FAA pour obtenir l’approbation du 737 Max en 2017 ?

Rien dans le rapport du NYT ne permet pour l’instant d’affirmer cela, mais certains estiment que des sociétés ou des entreprises de plus en plus puissantes dotées de pouvoirs de lobbying accrus et de relations personnelles avec de hauts responsables du gouvernement arrivent souvent à échapper aux différents contrôles réglementaires. Tout de même, il faut noter qu’après avoir effectué ses propres tests sur le système MCAS, Boeing n'a pas eu à partager les détails du système avec les deux ingénieurs de l'agence. Ils n'étaient pas au courant de ses subtilités, selon deux personnes proches du sujet.

Plus tard dans le développement du Max, Boeing a décidé d'étendre l'utilisation de MCAS, afin de s'assurer que l'avion volait sans heurts. La nouvelle version, jugée plus risquée, s’appuyait sur un seul capteur et pouvait beaucoup plus piquer le nez de l’avion. Cependant, Boeing n'a pas soumis d'examen officiel du MCAS après la refonte. Cela n'était pas requis par les règles de la FAA. Selon le NYT, la FAA et Boeing ont, depuis les deux crashs d’octobre et de mars, défendu la certification de l'avion, affirmant qu'ils avaient suivi les procédures appropriées et respecté les normes les plus strictes. La FAA s’est défendue dans un communiqué ce vendredi.

La FAA et Boeing atteste que le 737 Max est bien certifié

« Les processus de certification de l'agence sont bien établis et ont toujours produit des conceptions d'avions sûres. Le programme de certification du 737 Max a nécessité 110 000 heures de travail de la part du personnel de la FAA, y compris des vols d’appui et les 297 vols d’essai », a déclaré le régulateur dans un communiqué vendredi. À son tour, Boeing a déclaré que « la rigueur et le leadership réglementaire de la FAA ont entraîné des niveaux de sécurité sans cesse croissants au fil des décennies ». « Le 737 Max répondait aux normes et exigences strictes de la FAA, car il avait été certifié conforme aux processus de la FAA », a-t-il ajouté.

Selon le NYT, les procureurs et les législateurs fédéraux examinent actuellement si le processus de réglementation est fondamentalement défectueux. À mesure que les avions se perfectionnent sur le plan technologique, les règles, même lorsqu'elles sont suivies, risquent de ne pas être suffisantes pour assurer la sécurité. Le nouveau logiciel a joué un rôle dans les deux catastrophes qui ont coûté la vie à des centaines de personnes. « MCAS a-t-il eu l'attention dont il avait besoin ? C’est l’une des choses que nous examinons », a déclaré Chris Hart, l’ancien président du National Transportation Safety Board, qui dirige à présent un groupe de travail multipartite chargé d’enquêter sur l’approbation du 737 Max.

« Alors qu’il passait d’un système moins robuste à un système plus puissant, les certificateurs étaient-ils au courant des changements ? », cherche-t-il à savoir. Selon le NYT, Boeing avait besoin du processus d'approbation du Max pour pouvoir agir rapidement. Quelques mois après son rival Airbus, la société était en course pour finir l'avion, une version plus économe en carburant de son best-seller 737. Le NYT a révélé que cela a fait en sorte que Boeing Company, le plus grand fabricant aéronautique et aérospatial du pays, a été traité comme un client. Les responsables de la FAA prenaient leurs décisions en fonction des délais et du budget de l'entreprise.


Certains faits font même état de ce que, au moment où Ali Bahrami était le plus haut responsable de la Federal Aviation Administration à Seattle, certains ingénieurs pensent qu'il avait installé des gestionnaires qui faisaient preuve de déférence envers Boeing. D’après le NYT, cela a longtemps été une relation intime. Les hauts responsables des agences se sont mélangés entre le gouvernement et l'industrie. Ainsi, en octobre 2018, lorsque le premier vol s’est écrasé, les ingénieurs de la FAA ont été choqués de constater qu'ils ne disposaient pas d'une analyse complète du MCAS. Pourquoi l’agence persiste-t-elle donc à affirmer que le processus de réglementation du 737 Max est conforme aux exigences en place ?

Le NYT a révélé que la revue de sécurité figurant dans leurs dossiers ne mentionnait pas le fait que le système pouvait pousser de façon agressive le nez de l'avion et se déclencher à plusieurs reprises, rendant ainsi difficile la reprise de contrôle de l'avion, comme ce fut le cas lors du vol Lion Air. Certains témoignages d’anciens et nouveaux employés de la FAA laissent paraître que Bahrami avait créé un groupe que Boeing pouvait contrôler et invitait les gens à rejoindre le groupe.

Pendant des décennies, la FAA a fait appel à des ingénieurs de Boeing pour aider à la certification des avions. Mais après un lobbying intense de l'industrie auprès du Congrès, l'agence a adopté en 2005 des règles qui donneraient encore plus de contrôle à des fabricants comme Boeing. Auparavant, l'agence avait sélectionné les ingénieurs de la société pour travailler en son nom, mais en vertu de la nouvelle réglementation, Boeing pourrait les choisir, même si la FAA dispose d'un droit de veto. De plus, les informations rapportées par le NYT révèlent que Bahrami avait déjà quitté la FAA en 2013 pour rejoindre un groupe de lobbying qui faisait pression sur l’agence de réglementation.

En 2017, il est revenu auprès de l’agence pour occuper le poste de responsable de la sécurité. Selon un responsable de l'agence, en 2018, la FAA laissait la compagnie certifier 96 % de son propre travail. Nicole Potter, ingénieur en systèmes de propulsion et de carburant de la FAA qui travaillait sur le Max, a déclaré que les superviseurs lui avaient demandé à plusieurs reprises de renoncer à son droit d'approuver les documents de sécurité. Elle devait souvent se battre pour garder le travail. Boeing ayant pris davantage de contrôle, les ingénieurs de la FAA ont constaté qu'ils disposaient de peu de puissance, même lorsqu'ils soulevaient des préoccupations.

D’autres informations de l’enquête du NYT ont également révélé que sous l’impression que le système MCAS était insignifiant, les responsables de l’agence n’ont pas demandé à Boeing d’en parler aux pilotes. Lorsque Boeing a demandé plus tard à supprimer la mention du MCAS du manuel du pilote, l'agence a accepté. La FAA n'a pas non plus mentionné le logiciel dans les 30 pages de descriptions détaillées soulignant les différences entre le Max et l'itération précédente du 737. Tout compte fait, certains estiment que les incidents survenus auraient pu être évités si la FAA ne souffrait d’une pression énorme des groupes de lobbying et avait la main mise sur l’approbation du 737 Max.

L’enquête du New York Times a aussi révélé que quelques jours après le crash de Lion Air, la FAA a invité des dirigeants de Boeing à son siège à Seattle. Au cours des échanges, les responsables de la FAA étaient « incrédules » pendant que les dirigeants de Boeing expliquaient des détails du système qu’ils ne connaissaient pas. Enfin, l'une des personnes interrogées par le journal américain a déclaré qu’au milieu de la conversation, un employé de la FAA a posé la question suivante : « pourquoi Boeing n'avait-il pas mis à jour l'analyse de la sécurité d'un système devenu si dangereux ? ».

Source : The New York Times

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Le 08/08/2019 à 13:27
Une fuite de code d'un composant du Boeing 787 expose une multitude de vulnérabilités de corruption de mémoire,
l'entreprise en minimise la portée

En septembre dernier, Ruben Santamarta, chercheur en sécurité, participait à une recherche sur Google de documents techniques relatifs à son obsession de longue date : la cybersécurité des avions. Il a été surpris de découvrir un serveur entièrement non protégé sur le réseau de Boeing, apparemment plein de code conçu pour fonctionner sur les avions 737 et 787, laissé accessible au public et ouvert à quiconque le trouverait. Alors il a téléchargé tout ce qu'il pouvait voir.

Presque un an plus tard, Santamarta affirme que cette fuite de code l’a conduit à un événement sans précédent : découvrir des failles de sécurité dans l’un des composants du Boeing 787 (également connu par son surnom Dreamliner). Il avance que pour un hacker, l’exploitation de ces bogues pourrait constituer un pas dans une attaque en plusieurs étapes qui commence dans le système de divertissement en vol (en anglais In-Flight Entertainment, un équipement assurant la distraction des passagers à bord d'un aéronef) et s’étend à des systèmes hautement protégés et critiques comme les commandes de vol et les capteurs.

Boeing nie catégoriquement qu'une telle attaque est possible et rejette l'affirmation selon laquelle le chercheur aurait découvert un chemin potentiel pour y parvenir. Santamarta lui-même admet qu’il n’a pas une image suffisamment complète de l’avion - ni un accès à un avion à réaction de 250 millions de dollars - pour confirmer ses déclarations. Mais lui et d'autres chercheurs en cybersécurité avionique qui ont examiné ses conclusions affirment que, si une cyberattaque complète sur les systèmes les plus sensibles d'un avion reste loin d'être une menace matérielle, les failles découvertes dans le code du 787 représentent néanmoins un manque troublant d'attention portée à la cybersécurité par Boeing. Ils ont également déclaré que les réponses de la société n’avaient pas été totalement rassurantes, étant donné l’importance cruciale de la protection des avions commerciaux contre les pirates.


Une multitude de vulnérabilités de corruption de mémoire dans ce CIS / MS

Santamarta, chercheur au sein de la société de sécurité IOActive, a manifesté son intention de présenter ses conclusions lors de la conférence Black Hat. Il voulait notamment donner des détails de nombreuses failles de sécurité sérieuses dans le code d'un composant du 787 connu sous le nom de Crew Information Service/Maintenance System. Le CIS / MS est responsable d’applications telles que les systèmes de maintenance et la « sacoche de vol électronique ».

La sacoche de vol électronique - electronic flight bag (EFB) - est un dispositif électronique de gestion de l'information qui aide les équipages à effectuer des tâches de gestion de vol plus facilement et plus efficacement avec moins de papier. Il s'agit d'une plateforme informatique d'usage général destinée à réduire ou remplacer le matériel de référence à base de papier comme le manuel de l'avion, le manuel d'exploitation, le manuel d'exploitation des équipages de conduite, et les cartes de navigation (y compris carte mobile pour opérations aériennes et terrestres). En outre, l'EFB peut héberger des applications logicielles spécialement conçues pour automatiser d'autres fonctions, normalement effectuées à la main, comme les calculs de performances de décollage, ou de centrage.

Santamarta dit avoir trouvé une multitude de vulnérabilités de corruption de mémoire dans ce CIS / MS, et qu'un pirate informatique pourrait utiliser ces failles comme point d’entrée dans une partie restreinte du réseau d'un avion. Selon Santamarta, un attaquant pourrait potentiellement pivoter du système de divertissement en vol au CIS / MS pour envoyer des commandes à des composants beaucoup plus sensibles qui contrôlent les systèmes critiques de l'avion, notamment son moteur, ses freins et ses capteurs. Boeing maintient que d'autres barrières de sécurité dans l'architecture de réseau du 787 rendraient cette progression impossible.

Santamarta admet qu'il n'a pas assez de visibilité sur les internes du 787 pour savoir si ces barrières de sécurité sont contournables. Mais il dit que ses recherches représentent néanmoins une étape importante dans la démonstration de la possibilité d’une véritable technique de piratage d’avions. « Nous n'avons pas de 787 à tester, nous ne pouvons donc pas en évaluer l'impact », a déclaré Santamarta. « Nous ne disons pas que c'est le jour du jugement dernier, encore moins que nous pouvons pirater un avion. Mais nous pouvons dire que ce genre d’erreur n’a pas lieu d’être ».


La réaction de Boeing

Dans une déclaration, Boeing a affirmé avoir enquêté sur les affirmations d'IOActive et conclu qu'elles ne représentaient pas une menace réelle de cyberattaque. « Les scénarios d'IOActive ne peuvent affecter aucun système critique ou essentiel et ne décrivent pas comment les attaquants distants peuvent accéder à des systèmes 787 importants tels que le système avionique ». De plus, Boeing avance que « IOActive n’a analysé qu’une partie du réseau 787 à l’aide d’outils rudimentaires et n’avait pas accès aux systèmes ni aux environnements de travail plus vastes. IOActive a choisi d’ignorer les résultats que nous avons vérifiés ainsi que les limitations de ses propres recherches. Elle a plutôt choisi de faire des déclarations provocantes comme si elle avait eu accès et analysé le système de travail. Bien que nous apprécions l’engagement responsable de chercheurs indépendants en cybersécurité, nous avons été déçus par la présentation irresponsable d’IOActive ».

Un porte-parole de la société a déclaré qu'en enquêtant sur les affirmations d'IOActive, Boeing avait été jusqu'à mettre un véritable Boeing 787 en « flight mode » pour effectuer des tests. Une fois dans ce mode, les ingénieurs en sécurité de Boeing ont tenté d'exploiter les vulnérabilités exposées par Santamarta. Ils ont constaté qu'ils ne pouvaient pas mener une attaque avec succès. Honeywell, qui a fourni à Boeing le code CIS / MS, a également déclaré dans un communiqué : « Après de nombreux tests, Honeywell et ses partenaires ont déterminé que la sécurité des vols ne présentait aucune menace, les systèmes critiques du 787 ne pouvant en être affectés ».


Des « mécanismes de protection supplémentaires »

Les revendications d'attaque d'IOActive, ainsi que les réfutations de Honeywell et de Boeing, sont basées sur l'architecture spécifique des composants internes du 787. Les systèmes numériques du Dreamliner sont divisés en trois réseaux:
  • un réseau de données ouvert (Open Data Network), où sont placés des composants non sensibles comme le système de divertissement en vol;
  • un réseau de données isolé (Isolated Data Network), qui comprend des composants un peu plus sensibles, tels que le CIS / MS, ciblés par IOActive;
  • et enfin le Common Data Network, le plus sensible des trois, qui se connecte aux systèmes d'avionique et de sécurité de l'avion.

Santamarta affirme que les vulnérabilités qu’il a trouvées dans le CIS / MS, pris en sandwich entre l’ODN et le CDN, fournissent un pont entre l’un et l’autre.

Mais Boeing affirme qu’il dispose à la fois de « mécanismes de protection supplémentaires » dans le CIS / MS qui empêcheraient l’exploitation de ses bogues depuis l’ODN, et d’un autre périphérique matériel entre l’IDN semi-sensible (où se trouve le CIS / MS) et le très sensible CDN. Selon la société, cette seconde barrière ne permet que le transfert de données d’une partie du réseau à l’autre, plutôt que des commandes exécutables qui seraient nécessaires pour affecter les systèmes critiques de l’avion.

« Bien que nous ne fournissions pas de détails sur nos mesures et protections en matière de cybersécurité pour des raisons de sécurité, Boeing est confiant que ses avions sont à l'abri de la cyberattaque », conclut la société.

Boeing a déclaré avoir également consulté l'administration fédérale de l'aviation et le département de la Sécurité intérieure des États-Unis au sujet de l'attaque de Santamarta. Un porte-parole de la FAA a déclaré que l’administration était « satisfaite de l’évaluation du problème faite par le fabricant ».


Plusieurs chercheurs ne sont pas satisfaits de la conclusion de Boeing

Même en accordant du crédit aux affirmations de Boeing concernant ses barrières de sécurité, les failles découvertes par Santamarta sont tellement flagrantes qu’elles ne devraient pas être écartées, déclare Stefan Savage, professeur d’informatique à l’Université de Californie à San Diego, qui travaille actuellement avec d’autres chercheurs universitaires sur une plateforme de test de cybersécurité avionique. « L'affirmation selon laquelle on ne devrait pas s'inquiéter d'une vulnérabilité, car d'autres protections empêchent son exploitation, a un très mauvais historique en matière de sécurité informatique », déclare Savage. « Typiquement, là où il y a de la fumée, il y a du feu ».

Savage souligne en particulier une vulnérabilité mise en évidence par Santamarta dans une version du système d’exploitation intégré VxWorks, personnalisée dans ce cas pour Boeing par Honeywell. Santamarta a constaté que lorsqu'une application demande à écrire dans la mémoire de l'ordinateur sous-jacent, le système d'exploitation personnalisé ne vérifie pas correctement qu'il ne surcharge pas le noyau, la partie la plus sensible du système d'exploitation. Selon Savage, combiné avec plusieurs bogues au niveau de l'application, Santamarta a constaté que la vulnérabilité dite d'escalade de privilèges de contrôle des paramètres représente une faille sérieuse, rendue encore plus sérieuse par l'idée que VxWorks s'exécutera probablement dans de nombreux autres composants de l’avion qui pourraient avoir le même bogue.

« Chaque logiciel contient des bogues. Mais ce n’est pas là que je voudrais trouver les bogues. Vérifier les paramètres de l’utilisateur, c’est la sécurité de base », déclare Savage. « Ils ne devraient pas avoir ce genre de vulnérabilités directes, en particulier dans le noyau. De nos jours, il serait inconcevable pour un système d'exploitation grand public de ne pas vérifier les paramètres du pointeur de l'utilisateur, alors je m'attendrais à la même chose d'un avion ».

Un autre chercheur universitaire en cybersécurité en avionique, Karl Koscher, de l’Université de Washington, a déclaré avoir découvert des problèmes de sécurité aussi graves dans un composant d’aéronef que ceux signalés par Santamarta dans CIS / MS. « Peut-être que Boeing l'a délibérément traitée comme non fiable et que le reste du système peut gérer cette partie non fiable », a déclaré Koscher. « “Peu importe, car les mesures d'atténuation sont plus poussées" n'est pas une bonne réponse. Surtout si certaines des mesures d'atténuation s'avèrent moins solides que vous ne le pensez. »


Koscher indique également l'accès CIS / MS à l’Electronic Flight Bag, qui regorge de documents et de matériel de navigation auxquels le pilote d'un avion peut se référer via une tablette dans le cockpit. La corruption de ces données pourrait provoquer une forme de chaos. « Si vous pouvez créer de la confusion et de la désinformation dans le poste de pilotage, cela pourrait conduire à de très mauvais résultats », fait remarquer Koscher.

Un porte-parole de Boeing a déclaré que l’Electronic Flight Bag ne pouvait pas non plus être compromis depuis CIS/MS, même si les deux systèmes se trouvaient dans la même partie du réseau du 787.

Conclusion

Il faut préciser que ni Savage ni Koscher ne croient que, sur la seule base des découvertes de Santamarta, un pirate informatique pourrait constituer un danger immédiat pour un avion ou ses passagers. « Nous sommes loin d'une menace imminente pour la sécurité », a déclaré Savage tout en précisant que « Boeing a du travail à faire ».

Il est difficile de déterminer si les conclusions d'IOActive représentent réellement un pas en avant vers une attaque sérieuse, simplement en raison de la logistique impossible de la recherche sur la sécurité des avions. Des entreprises comme Boeing ont les moyens de tester de manière exhaustive la sécurité d'un avion, mais elles ont également de graves conflits d'intérêts sur les résultats publiés.

Les recherches de Santamarta, en dépit des réfutations et des assurances de Boeing, devraient rappeler que la sécurité des aéronefs est loin d'être un domaine épargné en matière de cybersécurité. « Ceci est un rappel que les avions, comme les voitures, dépendent de systèmes informatiques en réseau de plus en plus complexes », a déclaré Savage. « Ils ne pourront pas échapper aux vulnérabilités qui vont avec ».

Source : Wired
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Avatar de Christian Olivier
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 04/08/2019 à 21:40
Boeing travaillerait sur un nouveau système de contrôle de vol pour son 737 MAX
Dont le fonctionnement repose sur deux ordinateurs plutôt qu’un seul

Boeing a récemment annoncé avoir entrepris la refonte totale du système de contrôle de vol de son 737 MAX. Pour rappel, cet avion est interdit de vol depuis près de cinq mois parce que les régulateurs de l’aviation civile à l’échelle mondiale le jugent encore trop dangereux pour reprendre du service, après la survenue des deux catastrophes aériennes distinctes impliquant ce modèle qui ont couté la vie à 346 personnes.

D’après certaines sources proches du dossier ayant requis l’anonymat, l’avionneur américain serait en train de modifier le logiciel du système de contrôle de vol automatisé de son 737 MAX afin qu’il utilise un deuxième ordinateur de contrôle de vol pour le rendre plus fiable. Le nouveau logiciel fera en sorte que le fonctionnement de l’ensemble du système de contrôle de vol de l’avion, y compris le MCAS, repose sur deux ordinateurs plutôt que sur un seul. La prise en charge des données fournies simultanément par ces deux ordinateurs de contrôle de vol, au lieu d’un seul, ajoutera la couche de sécurité liée à la redondance qui faisait jusqu’à lors cruellement défaut à ce système de vol.

Dans la nouvelle configuration, les deux ordinateurs de contrôle de vol devraient être monitorés par voie logicielle et les pilotes devraient être notifiés, lorsque ces machines fourniront des résultats en rapport avec l’altitude, l’angle d’attaque, la vitesse de l’air ou d'autres paramètres qui ne sont pas concordant. Un seul ordinateur était utilisé par le passé, car Boeing jugeait que son système était statistiquement fiable.


Lors des investigations qui ont suivi les deux crashs suscités, la FAA a découvert que le traitement des données par l’ordinateur de bord du 737 Max pouvait causer un décrochage soudain et imprévisible que les pilotes avaient beaucoup de mal à corriger pour reprendre rapidement le contrôle de l’avion. Les effets de ce dysfonctionnement sont similaires à ceux observés avec une autre vulnérabilité qui affecte la version initiale et défectueuse du dispositif de stabilisation en vol ou MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) du 737 Max, même s’ils ont des origines différentes. À titre de rappel, le MCAS utilise un moteur pour déplacer une petite aile située à la queue de l’avion - connue aussi comme étant un stabilisateur horizontal - qui permet d’ajuster les mouvements ascendants et descendants (trim) de l’avion. La seconde défaillance relevée par la FAA pourrait inciter cette même aile à se déplacer sans que le pilote ait au préalable initié la réalisation de cette opération.

De son côté, l’organisme européen de réglementation de l’aviation (AESA) a dressé une liste détaillée de cinq exigences majeures auxquelles Boeing doit répondre avant d’autoriser la remise en service du 737 Max. Cette liste fait suite à l’examen général et indépendant du système de commandes de vol des avions 737 dans son intégralité, un examen diligenté par l’AESA qui s’est concentré sur les différences entre la variante Max et l’ancien modèle. Outre les défaillances critiques mentionnées précédemment, l’AESA est préoccupée par : la difficulté potentielle des pilotes à tourner le volant de compensation manuelle de l’avion, le manque de fiabilité des capteurs d’angle d’attaque du Max, les procédures de formation inadéquates et le fait que pilote automatique du jet ne se désactive pas dans certaines situations d’urgence.

Pour le moment, il est difficile de savoir si l’atténuation de ces failles requiert une simple mise à jour du logiciel de vol du 737 MAX ou des changements plus en profondeur de l’avion lui-même, sachant que certains experts du milieu à l’instar de Gregory Travis, ingénieur logiciel chevronné et un pilote expérimenté, estiment qu’une mise à jour logicielle ne peut pas compenser les défauts de conception de cet avion et préconisent une révision complète du design de l’appareil. Boeing semble, à l’heure actuelle, privilégier la première solution.

Une fois achevé, le nouveau logiciel de vol donnera à Boeing un progiciel complet que les autorités de réglementation pourront évaluer. L’avionneur américain devrait présenter les changements tant attendus à la FAA et aux autres organismes de réglementation en septembre et espère que son 737 Max pourra reprendre son vol avant la fin de l’année, idéalement à partir du mois d’octobre.

Source : Seattle Times

Et vous ?

Qu’en pensez-vous ?

Voir aussi

La FAA aurait assoupli le processus d'approbation du logiciel MCAS du Boeing 737 Max en 2017, selon les résultats d'une enquête
L'AESA exige des changements supplémentaires sur le 737 Max, dont le pilote automatique qui ne s'était pas débrayé dans certaines situations d'urgence
Boeing a tellement de 737 Max immobilisés et en attente de révision qu'il utilise le parking de ses employés pour stocker les avions
Le calvaire de Boeing continue malgré le sommet mondial organisé par la FAA pour discuter du cas des 737 Max toujours interdits de vol
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Avatar de pboulanger
Membre confirmé https://www.developpez.com
Le 16/07/2019 à 8:37
"changer de nom pour faire oublier les problèmes" est une technique totalement maitrisée par nos politiques (RPR -> UMP -> Les Républicains). Mais je ne suis pas sûr que cela suffise à faire oublier que Boeing, pour faire des économies de bouts de chandelles, a sacrifié la sécurité de ses passagers...
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Avatar de plegat
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 10/07/2019 à 22:43
Citation Envoyé par champomy62 Voir le message
Je regarde, le soucis c'est de savoir le numero du vol avant d'acheter le billet ... alors en general je le fais apres. Savez-vous s'il existe une possibilite d'avoir le numero du vol avant d'acheter le billet ?
Tu as le numéro de vol quand tu choisis tes vols... soit directement sur les sites des compagnies aériennes, soit dans google flights... par contre il faut penser à cliquer sur la petite icône qui va bien pour avoir les détails des vols.

Par exemple, je me suis tenté un Toulouse-Adelaïde, aller le 24/07, retour plus tard... il me propose Toulouse-Londres sur un A319 (vol BA377 de British Airways), Londres-PErth sur B787 (vol QF10, Quantas), et Perth-Adelaïde sur un B737 (vol QF810, Quantas aussi)... Aîe, un 737... zou, tu vas sur www.flightstats.com voir ce que c'est (tu as www.flightradar24.com aussi, ou directement sur le site de Quantas), c'est un 737-800. Ouf! Et je n'ai rien acheté...
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Avatar de Jipété
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 14/07/2019 à 7:37
Citation Envoyé par viper1094 Voir le message
les fautes étaient évidentes. Ils en restent peut-être encore
On n'a pas fini d'en voir, je sens…

Citation Envoyé par viper1094 Voir le message
je vais me relire une dernière fois.
"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" (Boileau) car il en reste encore, 4 fautes d'orthographe et d'accord, 1 de typo et 1 d'ortho-typo à moins que ça ne soit l'inverse (l'erreur de typo se transforme en faute d'orthographe, ou la faute d'orthographe se mue en erreur de typo -- c'est un classique, elle est facile à trouver et ma signature te donne une piste).

Autre chose : en bas tu poses deux questions (chacune avec une faute), mais comment fait-on pour y répondre ?

Et in fine c'est quoi l'intérêt de publier un article qu'on peut trouver un peu partout sur le web, si ce n'est pour flatter son ego ("iech iech, moi j'ai un site qui déchire sa race") ?
Il suffit de taper "fausse appli" dans un moteur de recherche et la complétion propose "fausse application Samsung" en troisième ligne, une validation plus tard on découvre 785 000 résultats.
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Avatar de jc_granit
Nouveau membre du Club https://www.developpez.com
Le 16/07/2019 à 9:50
Ou comment prendre le client pour un imbécile!

Les clients pourraient être réticents à voler sur un avion qui a déjà crashé 2 fois tuant l'ensemble de ses passagers et membres d'équipage suite à des erreurs de conception?

Pas grave... Il suffit de changer le packaging du produit: On change le nom de "LeClientEstCon Max" en "LeClientEstCon" et on repeind le corbillard en blanc plutôt que noir, histoire que cela fasse festif!

Ah... Le marketing... C'est de l'Art avec un grand A
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Avatar de CoderInTheDark
Membre chevronné https://www.developpez.com
Le 06/09/2019 à 9:24
Après toutes les révélations sur cette affaire, le crédit de l'agence américaine est plus qu'entamé.
On évoque quand même que l'avion ai été certifié par des employé de Boeing, qui travaillaient pour la FAA, qui étaient juge et partis.

Avec Trump on pourrait redouter, qu'il demande de faire interdire de vol des Airbus par représailles.
Au début d'Airbus les USA avaient tenté de faire interdire les premier Airbus, car ils étaient soit disant trop bruyant et trop lourds pour les piste d'atterrissages des aéroports.
C'était du protectionisme déguisé à l'époque.
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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 06/09/2019 à 9:34
Citation Envoyé par CoderInTheDark Voir le message
Au début d'Airbus les USA avaient tenté de faire interdire les premier Airbus, car ils étaient soit disant trop bruyant et trop lourds pour les piste d'atterrissages des aéroports.
C'était du protectionisme déguisé à l'époque.
Les USA ont fait des lois pour interdire le concorde.
Ils n'aimaient pas qu'un avion Français soit aussi impressionnant technologiquement.
USA : comment l’État a tué le vol supersonique
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Avatar de filipp
Futur Membre du Club https://www.developpez.com
Le 04/08/2019 à 23:29
Pas suffisant du tout Il faut au minimum installer un troisieme capteur AOA comme sur les Airbus...mais le probleme dd fond c'est son instabilité intrinsèque...ils ne sont pas sortis de l'auberge !
Pendant des mois encore les nouveaux cercueils volants fabriqués vont s'entasser sur les parkings de Seattle ...
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