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Boeing a frauduleusement violé l'accord sur les crashs mortels du 737 Max causés par le logiciel MCAS
Et fait désormais face à des poursuites criminelles et pénales, selon le ministère américain de la justice

Le , par Stéphane le calme

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Boeing a déjà versé 2,5 milliards de dollars dans le cadre de l'accord conclu avec les procureurs, qui lui a accordé l'immunité contre les poursuites pénales liées à une accusation de complot frauduleux en rapport avec la conception défectueuse du 737 MAX. Boeing devait respecter les termes de l'accord de poursuite différée pendant une période de trois ans qui s'est achevée le 7 janvier. Les procureurs auraient alors été en mesure de demander à un juge de rejeter l'accusation de complot frauduleux.

Mais en mai, le ministère de la justice a estimé que Boeing n'avait pas respecté l'accord, ce qui l'exposait à des poursuites. Aussi, le ministère de la Justice a prévu de proposer officiellement à Boeing un accord de plaidoyer qui comprend une sanction financière et l'imposition d'un contrôleur indépendant chargé de vérifier les pratiques de l'entreprise en matière de sécurité et de conformité pendant trois ans. Les fonctionnaires du ministère de la justice ont fait part de leur décision aux membres des familles des victimes lors d'un appel téléphonique plus tôt dans la journée de dimanche. La proposition exigerait que Boeing plaide coupable de conspiration en vue de frauder l'administration fédérale de l'aviation des États-Unis dans le cadre des accidents mortels.


En 2018 et 2019, deux crashs fatals impliquant des avions Boeing 737 MAX ont coûté la vie à 346 personnes. Ces tragédies ont mis en lumière des problèmes de conception et de sécurité dans les avions de cette série. En janvier 2021, Boeing a conclu un accord avec le Département de la Justice américain (DoJ) pour éviter des poursuites pénales concernant une conspiration de fraude liée à la conception défectueuse du 737 MAX. Cependant, récemment, le DoJ a découvert que Boeing avait enfreint cet accord, ce qui a conduit à de nouvelles accusations criminelles.

Mais le ministère de la Justice envisage de permettre à Boeing d'éviter un procès pénal s'il accepte de plaider coupable d'une accusation de fraude liée à ces deux crashs, selon deux avocats de familles de victimes de ces crashs.

La décision d'engager des poursuites pénales à l'encontre de Boeing aggrave la crise qui engloutit le constructeur d'avions, exposant l'entreprise à des conséquences financières supplémentaires et à une surveillance plus stricte de la part des pouvoirs publics.

Plaider coupable pourrait également avoir des conséquences sur la capacité de Boeing à conclure des contrats gouvernementaux, tels que ceux conclus avec l'armée américaine, qui représentent une part importante de son chiffre d'affaires. Les entreprises ayant fait l'objet d'une condamnation pour crime peuvent bénéficier de dérogations, et il n'est pas clair dans quelle mesure l'accord proposé par le ministère de la justice aborde la question.

Des fonctionnaires fédéraux ont communiqué les détails de l'offre lors d'un appel téléphonique avec les familles dimanche après-midi avant de présenter l'accord à Boeing, selon les avocats, Paul G. Cassell et Mark Lindquist. Les conditions comprennent une amende de près de 244 millions de dollars, un nouvel investissement dans l'amélioration de la sécurité, trois ans de surveillance par un contrôleur externe et une réunion entre le conseil d'administration de Boeing et les familles des victimes, a déclaré Cassell, professeur de droit à l'université de l'Utah.

Cassell, qui représente plus d'une douzaine de familles, a déclaré que lui et les familles trouvaient l'accord « scandaleux » et qu'il était loin de répondre à leurs attentes. Il a décrit l'offre comme un « accord de plaidoyer doux » parce qu'il ne forcerait pas Boeing à reconnaître sa responsabilité dans la mort des 346 personnes décédées dans les crashs en Indonésie et en Éthiopie à la fin de 2018 et au début de 2019.

« Les familles s'opposeront vigoureusement à cet accord », a déclaré Cassell dans un communiqué. « La mémoire des 346 innocents tués par Boeing exige plus de justice que cela ». Le ministère de la Justice a déclaré qu'il avait prévu de notifier son offre à Boeing après l'appel, a indiqué Cassell.

Accord de poursuites différées

Les conditions qui seraient proposées à Boeing mettraient à jour l'accord de 2021 qui a résolu l'accusation criminelle accusant le géant de l'aérospatiale d'avoir conspiré pour frauder l'Administration fédérale de l'aviation. Le nouvel accord exigerait que Boeing plaide coupable pour cette accusation, selon les avocats.

L'accusation pénale de 2021 portait sur deux employés accusés d'avoir dissimulé à la F.A.A. des informations sur des modifications apportées à un logiciel connu sous le nom de MCAS, qui a par la suite été impliqué dans les crashs. Si Boeing accepte de plaider coupable, la société admettra également un ensemble de faits énoncés dans l'accord de 2021, que Cassell a critiqué comme étant un récit « blanchi » dans lequel Boeing échappe à la responsabilité des décès.

Dans le cadre de l'accord précédent, la société a accepté de verser 500 millions de dollars aux familles des victimes. Elle a également accepté de verser plus de 1,7 milliard de dollars à ses clients parce qu'ils n'ont pas pu prendre livraison du Max pendant les 20 mois d'interdiction mondiale du jet.

L'accord de 2021 est connu sous le nom d'accord de poursuite différée, un type d'accord souvent utilisé dans les affaires pénales contre les entreprises, permettant à ces dernières d'éviter des poursuites si elles ne commettent pas d'actes répréhensibles pendant une certaine période. En mai, le ministère de la justice a estimé que Boeing avait enfreint l'accord en ne prévenant pas de manière adéquate les violations ultérieures de la législation américaine en matière de fraude dans le cadre de ses activités. Dans une déclaration faite à l'époque, Boeing a indiqué qu'il estimait avoir respecté les termes de l'accord précédent.


Un accord qui intervient quelques jours avant la date limite pour engager des poursuites pénales dans cette affaire

Ce nouvel accord intervient quelques jours avant la date limite du 7 juillet fixée par le ministère de la justice pour engager des poursuites pénales dans cette affaire. Boeing aura jusqu'à la fin de la semaine pour décider d'accepter ou non l'accord, ont indiqué les responsables aux familles, selon Cassell.

En réfléchissant à la manière de punir Boeing pour les crashs, le ministère de la justice a dû faire face à des pressions concurrentes pour tenir Boeing responsable de ses échecs sans porter préjudice à l'entreprise, qui joue un rôle important dans l'économie et la sécurité nationale du pays.

L'accord de 2021 a suscité la colère des familles des victimes de l'accident, qui soutiennent depuis longtemps que Boeing et ses dirigeants devraient subir des conséquences plus graves, notamment un procès public. Nombre de ces familles ont conclu des accords civils avec l'entreprise, mais une poignée d'entre elles ont entamé des procès pour dommages civils qui devraient débuter à la fin de l'année.

En 2022, un jury texan a acquitté un ancien pilote technique de Boeing, Mark A. Forkner, accusé d'avoir escroqué deux clients de la société, ce qui constitue le seul procès pénal intenté par le gouvernement fédéral à l'encontre d'une personne liée aux crashs.

L'entreprise a depuis annoncé une série de changements

Le ministère de la justice a également ouvert une enquête criminelle contre Boeing à la suite d'un vol effectué en janvier, au cours duquel un panneau s'est détaché d'un avion Max exploité par Alaska Airlines. Aucun blessé grave n'a été signalé, mais l'incident a ravivé les inquiétudes des législateurs et du public quant à la qualité des avions Boeing.

L'entreprise a depuis annoncé une série de changements, notamment une formation élargie, des plans et des procédures simplifiés et un meilleur contrôle de la qualité des pièces des fournisseurs. Dans le cadre de cet effort, Boeing prévoit d'acheter un fournisseur en difficulté, Spirit AeroSystems, qui fabrique les carrosseries de ses avions 737 Max et 787 Dreamliner.

La nomination d'un contrôleur fédéral dans le cadre de l'accord de plaidoyer représente une possible réprimande de la F.A.A., qui supervise Boeing. L'agence a été largement critiquée pour les manquements qui ont précédé les accidents, notamment pour avoir donné à l'entreprise une trop grande marge de manœuvre dans le contrôle de la qualité et de la sécurité au nom du gouvernement.

La F.A.A. a depuis ajusté ses pratiques, en limitant les circonstances dans lesquelles elle délègue son autorité et en procédant à toute une série d'autres changements. Après l'épisode Alaska Airlines, l'agence a renforcé sa présence dans l'usine Max de Boeing, a limité la production de l'entreprise et a imposé d'autres restrictions à Boeing.

Problèmes Techniques du Boeing 737 MAX

1. Système MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System)

Le 737 MAX a été conçu avec un nouveau système appelé MCAS, destiné à améliorer les caractéristiques de vol. Cependant, ce système a été au cœur des problèmes. Le MCAS ajuste automatiquement l’assiette de l’avion en fonction des données des capteurs d’incidence. Lorsque ces capteurs fournissent des informations erronées, le MCAS peut entraîner des mouvements brusques du nez de l’avion, mettant en danger la stabilité en vol.

2. Capteurs d’incidence défectueux

Les deux crashs du 737 MAX ont été causés par des capteurs d’incidence défectueux. Ces capteurs mesurent l’angle d’attaque de l’avion par rapport à l’air. En cas de mauvaise lecture, le MCAS peut être activé de manière inappropriée, poussant le nez de l’avion vers le bas. Les pilotes n’avaient pas été correctement informés de l’existence du MCAS, ce qui a compliqué la situation.

3. Formation des pilotes

La formation des pilotes sur le 737 MAX a également été critiquée. Les pilotes n’avaient pas été spécifiquement formés sur le MCAS, ce qui a entraîné une méconnaissance de son fonctionnement et de ses effets. Après les crashs, Boeing a mis à jour la formation pour inclure des informations sur le MCAS.

4. Réactions de Boeing et de la FAA

La réaction de Boeing et de la FAA face à ces problèmes a été scrutée. Certains ont accusé Boeing de privilégier les intérêts commerciaux au détriment de la sécurité. La FAA a également été critiquée pour son processus d’approbation initial du 737 MAX.

En somme, l’affaire Boeing 737 MAX souligne l’importance d’une conception rigoureuse, d’une formation adéquate des pilotes et d’une surveillance minutieuse des systèmes de sécurité dans l’industrie aéronautique.

Source : ministère américain de la justice

Et vous ?

Responsabilité de l’entreprise : pensez-vous que les entreprises devraient être tenues pénalement responsables lorsque leurs produits causent des décès ou des blessures graves ? Pourquoi ou pourquoi pas ?
Sécurité aérienne : comment pensez-vous que cet événement affectera la confiance du public dans l’industrie aéronautique et la sécurité des vols ? Quelles mesures devraient être prises pour renforcer la sécurité des avions commerciaux ?
Rôle des régulateurs : la FAA (Federal Aviation Administration) a également été critiquée pour son rôle dans l’approbation du 737 MAX. Quelles réformes pensez-vous que les organismes de réglementation devraient mettre en place pour éviter de tels incidents à l’avenir ?
Impact sur l’image de Boeing : comment pensez-vous que ces accusations criminelles affecteront la réputation de Boeing en tant que constructeur d’avions ? Quelles mesures l’entreprise devrait-elle prendre pour regagner la confiance du public ?

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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 01/07/2024 à 12:29
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
En somme, l’affaire Boeing 737 MAX souligne l’importance
  • d’une conception rigoureuse
  • d’une formation adéquate des pilotes
  • d’une surveillance minutieuse des systèmes de sécurité dans l’industrie aéronautique.
C'est la base, c'est incroyable que la FAA et Boeing l'aient oublié.

On ne peut pas rusher la conception d'un avion.
On ne peut pas garder une silhouette, mettre un moteur plus gros (ce qui déplace le centre de gravité), bricoler un logiciel pour essayer de "patcher" le problème et ne pas former les pilotes.

De mon point de vue la FAA est plus coupable que Boeing.
Elle n'aurait jamais dû autoriser cet avion à voler.

Le système US est corrompu, il est prêt à tout pour contrer la concurrence.
La simple formation des pilotes sur le système MCAS aurait évité des drames, ça n'aurait pas coûté si cher et ça n'aurait pas pris tant de temps.
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Avatar de totozor
Membre expert https://www.developpez.com
Le 09/07/2024 à 8:07
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
« Boeing a payé des amendes à de nombreuses reprises, mais cela ne semble rien changer », a déclaré Ike Riffel, de Redding, en Californie, dont les fils Melvin et Bennett sont morts dans l'accident de l'avion d'Ethiopian Airlines. « Lorsque les gens commenceront à aller en prison, c'est là que vous verrez un changement ».
J'ai eu une formation d'un gars qui s'est fait réveillé à 4h du matin et embarqué par la police. Il est marqué à vie pour ça et nous a tous marqué aussi.
Les dirigeants n'ont pas l'air de prendre cette affaire tellement au sérieux, donc que certains en payent le prix personnellement ne me dérange pas plus que ça, à quelques détails prêts : la responsabilité personnelle des dirigeants qui ont insufflé cette culture ne sera jamais prouvée, donc ils ne payeront pas.

Responsabilité de l’entreprise : Pensez-vous que Boeing assume pleinement sa responsabilité dans les accidents des 737 Max ? Pourquoi ou pourquoi pas ?
Non, le top5 des risques de toute entreprise d'aéronautique a le risque de pertes humaines dûes à un accident, il fait partie des quelques risques qui remettent en cause la survivabilité d'une entreprise (notamment parce que certains impacts ne se couvrent pas avec une assurance)
Quand je vois le sérieux avec lequel Boeing traite se sujet, je me pose des questions par rapport à cette considération.
Rôle des régulateurs : Quel rôle les organismes de régulation de l’aviation ont-ils joué dans cette affaire ? Devraient-ils être plus stricts dans leurs évaluations des nouveaux avions ?
Oui mais c'est plus facile à dire qu'à faire.
1. Tout ceci est très formel, les entreprises s'y préparent des mois à l'avance pour tout remettre d'équerre (ou pour s'assurer que tout l'est - ou pour faire le nécessaire pour faire croire que)
2. La mission de l'employé du régulateur est limitée dans le temps, il fait ce qu'il peut avec le temps qu'on lui donne.
3. Même si toutes les portes sont ouvertes au régulateur il est attiré vers certaines
4. La personne n'a souvent pas la compétence, il doit donc se fier à la bonne foi des experts et à leurs documents de justification.
Et la personne doit justifier ses doutes donc un "je le sens pas" ne suffit pas.

Je penses honnêtement que les entreprises aéronautiques réserver, à plein temps, un bureau pour les autorités de certification parce qu'il est difficile de percevoir et justifier d'une culture malsaine en quelques jours de mission et il est impossible pour une entreprise de masquer sa culture sur le long terme.
Impact sur la confiance du public : Croyez-vous que ces incidents ont nui à la confiance du public envers Boeing et l’industrie aéronautique en général ? Comment l’entreprise peut-elle regagner cette confiance ?
Dans la bulle des aérofans, oui, certains amis choisissent leur compagnie aérienne en fonction de sa flotte d'avion.
Pour le commun des mortel qui prend l'avion, je suis moins sur, j'entends à la fois des gens qui me demandent pourquoi toujours Boeing et d'autres qui ne voient pas grand chose.
Conséquences financières : Comment pensez-vous que l’amende de 243,6 millions de dollars affectera les finances de Boeing ? Est-ce une sanction suffisante ?
Dans les grandes entreprises la sanction financière n'est jamais suffisante parce que ces entreprises sont "trop importantes" pour la "société" pour que les gouvernements/les partenaires/etc les laisse couler. Donc les sanctions financières sont toujours compensées d'une façon ou d'une autre.
Donc il faut taper sur la cause : en l'occurrence une culture financière qui ignore l'ingénierie et la sécurité de tous.
Sécurité vs. rentabilité : L’affaire des 737 Max soulève des questions sur l’équilibre entre la sécurité des passagers et la rentabilité des entreprises. Quelles mesures devraient être prises pour garantir que la sécurité prime toujours ?
La réponse est dans la question : une entreprise qui ne garantit pas la sécurité des passagers (et des survolés) ne doit pas être rentable.
Tu ne respectes pas les règles? Je vais passer ma vie à te les imposer et à vérifier que tu les respectes.
Tu ne regardes que les $? Je t'en retires (en t'imposant des essais très couteux, en t'imposant des audits interminables, en t'imposant des pénalités etc)
Tu te fous de la sécurité? J'interroge chacun de tes concepteurs, je leur rappelle qu'ils sont responsable de la vie des passagers.
J'interroge chacun de tes opérateurs, je leur rappelle qu'ils sont responsable de la vie des passagers.
J'interroge chacun de tes sous traitants, je leur rappelle qu'ils sont responsable de la vie des passagers.
J'interroge chacun de tes fournisseurs, je leur rappelle qu'ils sont responsable de la vie des passagers.
Ca devrait délier quelques langues, entrainer le risque de perdre des fournisseurs sensibles (une entreprise de 20 personnes aime rarement avoir un auditeur sur les pattes une semaine complète, certaines menacent d'arrêter de fournir à cause de ça)
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Avatar de phil995511
Membre éprouvé https://www.developpez.com
Le 09/07/2024 à 15:01
Il serait également intéressant que l'on fasse également toute la lumière sur la mort mystérieuse des ex-employés de Boeing lanceurs d'alerte, morts peu après avoir dénoncé leur ancien employeur et avoir reçu des menasses de sa part sur leur intégrité physique...
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Avatar de totozor
Membre expert https://www.developpez.com
Le 12/07/2024 à 8:32
Citation Envoyé par ALT Voir le message
C'était à quelle époque ?
Car, maintenant, les systèmes de CAO sont très performants & permettent de prévoit tous les détails y compris de simuler la cinématique d'un ensemble. Sans compter que pour diminuer la consommation d'un aéronef, on se contente le plus souvent de changer la motorisation, voire de modifier légèrement la cellule afin de la rendre plus aérodynamique. Et ça, c'est assez facile & ça prend peu de temps.
2012-2018.
La CAO permet en effet d'accélérer la conception mais on ne conçoit pas un moteur d'avion que sur des considérations aérodynamiques mais aussi sur des considérations mécaniques.

Par exemple :
le pompage (le moteur qui se met à tourner subitement à l'envers) est l'un des évènements "normal" le plus craint parce qu'en un instant toute la partie rotorique recule dans le moteur et ça pourrait tout casser à l'intérieur. Raison pour laquelle l'aérodynamique essaye d'élargir la marge au pompage au maximum pour éviter qu'il se produise et la mécanique s'arrange pour résister sans trop impacter l'aéro. Et trouver l'équilibre est un vrai travail d'orfèvre du point de vue ingénierie.
Ou les essais FBO (Fan Blade Out) où on fait tourner un moteur à vitesse lente (700tours/min si mes souvenirs sont bon) et on fait exploser un charge au pieds d'une aube de soufflante (ou aube fan - la grosse hélice à l'avant du moteur), ça créé un balourd dans le moteur et la partie rotorique se met à "rouler" sur la partie statorique et détruit tout. L'objectif du test est que rien ne sorte en radial (parce que ça risquerait de traverser l'avion et quelques passagers) et que le moteur soit "stabilisé" au bout de 20 secondes. Cet essai est impossible à simuler par une CAO parce qu'il est très dépendant de paramètres qui varient d'une fois sur l'autre (la position relatives des aubes entres les étages, le moment où les vis fusibles cassent etc). Je connais un gars qui travaillait à simuler cet essai, en 5 ans il a simulé 2s (1/10) d'un test qui ne se produira jamais et certains éléments ne correspondent pas à l'expérience. Et j'ai vu cette simulation, elle est impressionnante parce qu'aussi imprécise soit elle, elle nous donne une idée de tout ce qui se passe et à quel point chaque détail impacte le reste.

Il y a quelques années j'ai entendu un "expert" technique (qui était arrivé il y a peu dans l'aéronautique et qui travaillait dans l'automobile avant) dire que dans quelques années nous certifierons les avions sur base de simulations informatiques. Il s'est instantanément décrédibilisé aux yeux de tous mes collègues qui travaillent en conception.

Certains moteurs ont pris du retard dans leur certification parce que lors de l'un de leurs essais l'impossible (probabilité <10^-6) s'est produit.
Quand ça arrive il ne suffit pas de refaire le test et que ça tienne, il faut modifier le moteur, justifier que l'impossible ne sera plus un problème et refaire un essai qui réussi.
C'est absurde du point de vue des concepteurs mais c'est aussi ce qui fait que je n'ai pas peur de l'avion malgré mes années dans cette industrie et avoir fait face à l'incompétence de certains.

Pourquoi je penses que l'IA n'est pas une réponse pour l'aéronautique : l'IA est capable d'optimiser le fonctionnement d'un avion pendant 99% de sa vie mais ce qu'on exige d'un avion est qu'il fonctionne bien malgré les 1% de situations merdiques (panne moteur, pompage, volée d'oiseaux etc). Comment l'IA actuelle est capable d'optimiser des situations sur lesquelles on a quasiment pas d'expérience (et souvent pas de jeu de données du tout)?
Jusqu'à maintenant on me dit toujours que l'IA apprend par l'expérience, si on veut qu'elle réponde a ces 1% de situation elle va devoir lire des livres et appliquer ce qu'il y a écrit.

Le jour où on m'annonce que les avions sont certifiés informatiquement j'abandonne ce type de transport.
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 01/07/2024 à 20:46
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
De mon point de vue la FAA est plus coupable que Boeing.
Elle n'aurait jamais dû autoriser cet avion à voler.

Le système US est corrompu, il est prêt à tout pour contrer la concurrence.
Oui.

Mais la FAA, Boeing et le gouvernement US, c'est un peu comme la sécurité informatique dans certaines boîtes, quand le commercial/management décide qu'il vaut mieux mentir/omettre des informations, pour ne pas compromettre un contrat.

Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
La simple formation des pilotes sur le système MCAS aurait évité des drames, ça n'aurait pas coûté si cher et ça n'aurait pas pris tant de temps.
Non, former les pilotes entraîne des délais, et c'est ce que ces andouilles de chez Boeing voulaient éviter en créant le MCAS.
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Avatar de Gluups
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 08/07/2024 à 21:00
Citation Envoyé par Jon Shannow Voir le message
D'après ce que j'ai compris, la zone de turbulences était beaucoup plus importante et plus dangereuse que prévue. C'est pour cela qu'il y a eu une première descente de 100 m, prévue, puis devant l'ampleur de la "bête", une seconde, non prévue de 1100 m, et très rapide.
Apparemment ce serait une conséquence du dérèglement climatique. Ces zones seraient de plus en plus nombreuses, plus larges et plus violentes et moins prévisibles.
Ah, au vu de ça, "Pas de bol" aurait aussi une part de responsabilité ?
1  0 
Avatar de totozor
Membre expert https://www.developpez.com
Le 10/07/2024 à 7:52
Citation Envoyé par Gluups Voir le message
Dans ce cas peut-être y a-t-il un certain nombre de postes à la tête où les gens qui sont en place ne doivent plus jamais pouvoir exercer ?
Je suis d'accord mais notre système ne permet pas ça.
Ces personnes sont efficaces? Alors le "système" (actionnaires, gouvernement voir la "société" - nous) les protège.
Mais oui je penses que les patrons d'entreprises aéronautiques, nucléaires, chimiques, etc devraient observés à la loupe avant de prendre poste (comme quand nous rejoignons un entreprise ou un projet militaire).
Il faut certes faire la part de l'imprévisible dans l'évolution du climat dont il a été question dans les causes. Mais la répétition interroge, et si il y a vraiment une politique du bras d'honneur parce que ça rapporte plus de prendre des risques ...
Je vais prendre un exemple vécu il y a une bonne dizaine d'année : je gérais une équipe qui contrôlais que les documents fournis par un autre sous traitant étaient complets et corrects.
Ils livraient quasiment systématiquement les plans avec du retard (retard que je devais compenser pour que le projet ne prenne pas de retard). On leur a demandé de mettre en place des actions pour ne plus livrer en retard, actions qu'ils ont mis en place mais qui n'ont jamais eu d'effet. A la fin du projet je suis allé voir mon homologue pour lui demander pourquoi ils n'arrivaient pas à livrer à temps, sa réponse a été d'un pragmatisme choquant "ça coutait moins cher de payer les pénalités que d'embaucher la personne qui rattraperait le retard".
A cette époque il y avait plus de sous traitants dans les bâtiments que d'internes, est-on sur qu'aucun d'eux n'a eu la même réflexion sur un sujet sureté?
Les opérationnels avaient la culture du travail bien fait, ce n'était pas forcément le cas de leurs chefs de projet.
Citation Envoyé par Gluups Voir le message
Qu'on sait bien que plus on prend de précautions pour construire un avion plus c'est cher, et forcément on a en perspective la tentation de faire des économies là-dessus et les implications que ça peut avoir pour nos vies.
Quand je suis arrivé dans l'aéronautique on m'a dit que concevoir un avion prend 15 ans.
Ce délai est aujourd'hui inconcevable pour le public, on ne veut pas un avion bas carbone dans 15 ans, on le veut demain.
Donc quelles concessions faisons nous pour réduire la consommation des avions? Consentons nous vraiment à ces concessions?
Nos exigences avec l'aéronautiques ne sont elles pas contradictoires?

Je n'ai qu'une réponse partielle à ces questions.
1  0 
Avatar de totozor
Membre expert https://www.developpez.com
Le 02/07/2024 à 8:02
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Aussi, le ministère de la Justice a prévu de proposer officiellement à Boeing un accord de plaidoyer qui comprend une sanction financière et l'imposition d'un contrôleur indépendant chargé de vérifier les pratiques de l'entreprise en matière de sécurité et de conformité pendant trois ans.
Ca serait une bonne chose, nous demandons un révolution managériale, ils font des évolutions timides et mineures.
Avoir un vrai coup de pression avec la justice qui regarde toujours au dessus de leur épaule pendant quelques temps ne leur ferait pas de mal.
Même si je penses que ce n'est pas suffisant. L'aéronautique est une industrie (comme le nucléaire par exemple) qui a la particularité d'avoir des effets dramatiques en cas d'accident. Elle ne peut donc pas se permettre d'être finanso-centrée, l'ingénierie doit toujours être au centre de celle ci. Donc tant qu'il y aura des financiers à sa tête aucune chance que les choses soient bonnes.
Plaider coupable pourrait également avoir des conséquences sur la capacité de Boeing à conclure des contrats gouvernementaux, tels que ceux conclus avec l'armée américaine, qui représentent une part importante de son chiffre d'affaires. Les entreprises ayant fait l'objet d'une condamnation pour crime peuvent bénéficier de dérogations, et il n'est pas clair dans quelle mesure l'accord proposé par le ministère de la justice aborde la question.
Si c'est vraiment bloquant Boeing se splittera en une partie civile et une militaire.
Ce qui ne serait pas une si bonne nouvelle parce que le militaire est un "bon moyen" de lisser les fluctuations du marché civil et de couvrir la R&T nécessaire pour concevoir des avions innovants et efficaces (honnêtement).
L'entreprise a depuis annoncé une série de changements, notamment une formation élargie, des plans et des procédures simplifiés et un meilleur contrôle de la qualité des pièces des fournisseurs. Dans le cadre de cet effort, Boeing prévoit d'acheter un fournisseur en difficulté, Spirit AeroSystems, qui fabrique les carrosseries de ses avions 737 Max et 787 Dreamliner.
Il y a un mot pour ça : "bullshit". les mesures annoncées sont une bonne nouvelle - oui - mais elles sont largement insuffisantes.
Leçon n°1 de la qualité en aéronautique : le facteur humain n'est JAMAIS la cause racine d'un problème (c'est littéralement le premier message de ma première formation qualité dans ce domaine).
A quoi bon formé des gens qui sont pressés comme des citrons?
Responsabilité de l’entreprise : pensez-vous que les entreprises devraient être tenues pénalement responsables lorsque leurs produits causent des décès ou des blessures graves ? Pourquoi ou pourquoi pas ?
Oui, parce qu'elles sont responsable de la (mauvaise) conception de leur produits.
Sécurité aérienne : comment pensez-vous que cet événement affectera la confiance du public dans l’industrie aéronautique et la sécurité des vols ? Quelles mesures devraient être prises pour renforcer la sécurité des avions commerciaux ?
Des gens ont toujours eu peur de l'avion, ces évènements ne les rassurent surement pas et peuvent faire basculer les "pas rassuré" dans le "phobes".
Les avions doivent être cloués au sol jusque preuve de leur capacité à voler.
Rôle des régulateurs : la FAA (Federal Aviation Administration) a également été critiquée pour son rôle dans l’approbation du 737 MAX. Quelles réformes pensez-vous que les organismes de réglementation devraient mettre en place pour éviter de tels incidents à l’avenir ?
Une politique délétère semble être la cause des nombreux problème du 737Max, le renforcement de la réglementation pour qu'elle scrute aussi l'organisation est une bonne chose.
Nous sommes arrivés à un moment où les organisme de certification ne peuvent pas avoir la compétence technique pour évaluer la véracité de certains documents justificatifs.
Nous pensions que ces documents étaient suffisants parce qu'écrit et validés par des experts mais il s'avère que ces experts ont subi la pression de leurs supérieurs pour signer, il faut donc s'attaquer aux supérieurs pour s'assurer que tout ça est pertinent.
Impact sur l’image de Boeing : comment pensez-vous que ces accusations criminelles affecteront la réputation de Boeing en tant que constructeur d’avions ? Quelles mesures l’entreprise devrait-elle prendre pour regagner la confiance du public ?
Remettre l'ingénierie au centre de la conception d'un avion.
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
De mon point de vue la FAA est plus coupable que Boeing.
Elle n'aurait jamais dû autoriser cet avion à voler.
Un organisme de certification ne peut pas être plus coupable que le concepteur, surtout si le concepteur fournit des documents justificatifs fallacieux.
Il reste responsable et, oui je penses aussi qu'elle aurait du imposer la formation des pilotes, ce qui semble un minimum.
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Avatar de Gluups
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 08/07/2024 à 20:55
Les mecs, il va bientôt être temps de se rendre compte que ça fait désordre.

==> Quelles mesures Boeing devrait-il prendre pour améliorer son programme de conformité et d’éthique ?
Il semble qu'il manque un étage administratif, pour réceptionner le travail du reste de la boîte, et trouver dedans le truc qui coince.

Celui qui a laissé arriver jusque là se prend un gage. J'sais pas, peut-être il paie des vacances à celui qui a trouvé ?

Comment ça s'appelle, ce truc-là ?
Contrôle de qualité, il me semble ?
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Avatar de Gluups
Membre émérite https://www.developpez.com
Le 09/07/2024 à 11:32
Citation Envoyé par totozor Voir le message
Je penses honnêtement que les entreprises aéronautiques réserver, à plein temps, un bureau pour les autorités de certification parce qu'il est difficile de percevoir et justifier d'une culture malsaine en quelques jours de mission et il est impossible pour une entreprise de masquer sa culture sur le long terme.
Voilà qui ne sonne pas absurde.

Dans les grandes entreprises la sanction financière n'est jamais suffisante parce que ces entreprises sont "trop importantes" pour la "société" pour que les gouvernements/les partenaires/etc les laisse couler. Donc les sanctions financières sont toujours compensées d'une façon ou d'une autre.
Dans ce cas peut-être y a-t-il un certain nombre de postes à la tête où les gens qui sont en place ne doivent plus jamais pouvoir exercer ?

Il faut certes faire la part de l'imprévisible dans l'évolution du climat dont il a été question dans les causes. Mais la répétition interroge, et si il y a vraiment une politique du bras d'honneur parce que ça rapporte plus de prendre des risques ...
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