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Les scientifiques estiment qu'il est urgent de réglementer les "robots vivants" créés à partir de tissus et de cellules réels et vivants,
Afin de répondre aux problèmes éthiques uniques qu'ils posent

Le , par Mathis Lucas

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Le développement de "robots vivants" doit être réglementé et faire l'objet d'un débat public. C'est l'appel lancé par une équipe multidisciplinaire de l'université de Southampton et d'universités américaines et espagnoles. L'équipe appelle à une réglementation stricte pour guider le développement responsable et éthique de la robotique biohybride, une science révolutionnaire qui fusionne des composants artificiels avec des tissus et des cellules vivants. Elle affirme que cette nouvelle technologie pose des problèmes éthiques uniques, portant sur leur potentiel de sensibilité, leur impact environnemental distinct, leur statut moral inhabituel, etc.

Les chercheurs multiplient les expériences visant à fabriquer des robots à partir de composants électroniques et de cellules souches humaines ou d'animaux. Ils s'appuient sur des tissus et des cellules vivants cultivés en laboratoire, comme les organoïdes. La combinaison de matériaux et d'organismes vivants avec des composants robotiques synthétiques peut sembler sortir de la science-fiction, mais ce domaine émergent progresse rapidement. Selon de nombreuses études récentes, les robots biohybrides utilisant des muscles vivants peuvent ramper, nager, s'agripper, pomper, détecter leur environnement, etc.


Cependant, une équipe de scientifiques pluridisciplinaires a récemment alerté sur le fait que l'essor de cette technologie ne s'est pas accompagné d'une compréhension des problèmes d'éthique et de gouvernance qu'elle pose. Dans un article publié dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, elle a exposé les problèmes éthiques uniques que pose cette technologie et insiste sur la nécessité d'une gouvernance appropriée. Elle note que la technologie apporte des avantages qui ne seraient peut-être pas possibles autrement. Mais elle estime que les dangers ne sont pas correctement pris en compte.

Rafael Mestre, de l'université de Southampton, spécialiste des technologies émergentes et coauteur principal de l'article, a déclaré : « les défis liés à la supervision de la robotique biohybride ne sont pas très différents de ceux rencontrés dans la réglementation des dispositifs biomédicaux, des cellules souches et d'autres technologies perturbatrices. Mais à la différence des technologies purement mécaniques ou numériques, les robots biohybrides mélangent des composants biologiques et synthétiques de manière inédite. Cela présente des avantages uniques, mais aussi des dangers potentiels ». Ils ont exposé quelques chiffres.

Les publications de recherche relatives à la robotique biohybride n'ont cessé d'augmenter au cours de la dernière décennie. Mais les auteurs ont constaté que sur plus de 1 500 publications sur le sujet à l'époque, seules cinq prenaient en compte de manière approfondie les implications éthiques de la robotique biohybride.

« Les robots biohybrides créent des dilemmes éthiques uniques. Les tissus vivants utilisés pour leur fabrication, leur potentiel de sensibilité, leur impact environnemental distinct, leur statut moral inhabituel et leur capacité d'évolution ou d'adaptation biologique créent des dilemmes éthiques uniques qui vont au-delà de ceux des technologies entièrement artificielles ou biologiques », a déclaré Aníbal Astobiza, de l'université du Pays basque en Espagne, et co-auteur principal de l'article.

L'équipe a listé trois domaines dans lesquels cette technologie pose des problèmes éthiques uniques : l'interactivité (comment les biorobots interagissent avec les humains et l'environnement), l'intégrabilité (comment et si les humains peuvent assimiler les biorobots, tels que les organes ou les membres biorobotiques), et le statut moral.

Dans une série d'expériences de pensée, l'équipe décrit comment un biorobot destiné à nettoyer nos océans pourrait perturber la chaîne alimentaire, comment un bras robotique biohybride pourrait exacerber les inégalités, et comment des assistants biohybrides sophistiqués pourraient soulever des questions sur la sensibilité et la valeur morale.

Ce document est le premier du projet Biohybrid Futures dirigé par Rafael Mestre, en collaboration avec le projet Rebooting Democracy. Biohybrid Futures vise à développer un cadre pour la recherche, l'application et la gouvernance responsables de la robotique biohybride. Le document propose plusieurs exigences pour un tel cadre, notamment l'évaluation des risques, la prise en compte des implications sociales et l'amélioration de la sensibilisation et de la compréhension du public.


Matt Ryan, politologue à l'université de Southampton et coauteur de l'article, affirme : « si les débats sur les cellules souches embryonnaires, le clonage humain ou l'IA nous ont appris quelque chose, c'est que les êtres humains sont rarement d'accord sur la résolution correcte des dilemmes moraux posés par les technologies émergentes ».

Il a ajouté : « comparée à des technologies connexes telles que les cellules souches embryonnaires ou l'intelligence artificielle, la robotique biohybride s'est développée de manière relativement discrète dans les médias, auprès du public et des décideurs politiques, mais elle n'en est pas moins importante. Nous voulons que le public soit associé à cette conversation afin de garantir une approche démocratique du développement et de l'évaluation éthique de cette technologie ».

Outre la nécessité d'un cadre de gouvernance, les auteurs présentent les mesures que la communauté des chercheurs peut prendre dès à présent pour orienter ses travaux. « Ces mesures ne doivent en aucun cas être considérées comme prescriptives, mais comme une occasion de partager les responsabilités et de soulager les chercheurs d'un lourd fardeau », déclare Victoria Webster-Wood, ingénieure biomécanique à l'université Carnegie Mellon (États-Unis) et coauteure de l'article.

« La recherche en robotique biohybride a évolué dans différentes directions. Nous devons harmoniser nos efforts pour en exploiter pleinement le potentiel », a-t-elle ajouté. Leur article est intitulé "Ethics and responsibility in bio-hybrid robotics research" et est disponible en ligne. Le document comporte les recommandations suivantes :

  • effectuer des évaluations des risques pour cette technologie en tenant compte des avantages et des dangers de son application dans différents domaines ;
  • prendre explicitement en compte les implications sociales qui portent atteinte aux valeurs démocratiques de justice sociale, d'équité et d'égalité, ou qui nuisent à notre environnement et à notre biosphère ;
  • veiller à ce que les scientifiques et les innovateurs fassent appel au bien commun, non seulement en ce qui concerne les êtres humains, mais aussi notre écosystème naturel, et qu'ils adhèrent aux normes éthiques acceptées par la communauté ;
  • faciliter les conversations interdisciplinaires qui engagent les points de vue du posthumanisme (critique) ou du postanthropocentrisme pour discuter du statut ontologique et éthique des robots biohybrides ;
  • améliorer l'engagement externe en inventant de nouvelles pratiques participatives pour inclure les parties prenantes concernées afin de comprendre leurs besoins réels ;
  • travailler à l'acquisition d'une plus grande culture technologique par le public afin de s'assurer qu'il prend des décisions éclairées concernant cette technologie.


Le mois dernier, une équipe de scientifiques de l'université chinoise de Tianjin et de l'université des sciences et technologies du Sud a annoncé avoir mis au point un robot doté d'un cerveau artificiel cultivé en laboratoire. L'objectif est d'étudier les interfaces cerveau-ordinateur (ICO) qui peuvent servir de médiateur entre les signaux électriques du cerveau et la puissance informatique. Les scientifiques ont combiné un organoïde cérébral avec une puce d'interface neuronale pour alimenter la machine complexe. Le robot humanoïde a été entraîné à saisir facilement des objets et à éviter des obstacles.


La recherche n'en est qu'à ses débuts et de nombreuses questions subsistent. Les effets de la stimulation physique sur leur développement et leur intégration ne sont pas encore clairs. En outre, l'on ne sait pas si les tissus cérébraux endommagés pourront un jour être réparés ou reconstruits à l'aide d'organoïdes. Li Xiaohong, professeur à l'université de Tianjin, affirme que si les organoïdes cérébraux sont considérés comme le modèle le plus prometteur de l'intelligence de base, la technologie est toujours confrontée à des limites, notamment une faible maturité de développement et un apport insuffisant en nutriments.

Il y a eu de nombreuses expériences de ce type au cours des dernières années. Des capteurs fabriqués à partir de cellules sensorielles ou d'antennes d'insectes ont amélioré la détection chimique. Des neurones vivants ont même été utilisés pour contrôler des robots mobiles. Des chercheurs ont créé à partir de cellules pulmonaires humaines des robots appelés "anthrobots", capables de se déplacer de manière autonome et même de guérir des tissus endommagés.

Selon les critiques, en dépit des avantages théoriques, ces recherches pourraient ouvrir la voie à un futur dystopique.

« Je pense que cela pourrait devenir un énorme champ de mines sur le plan éthique, alors que nous sommes loin d'en savoir autant que nous le voudrions sur notre propre cerveau. Ce cyborg peut-il ressentir la douleur ? Est-il plus efficace que l'IA traditionnelle ou les humains ? Pour le meilleur ou pour le pire, les années 2020 s'annoncent comme une décennie charnière dans l'histoire de notre civilisation », peut-on lire dans les commentaires sur la robotique biohybride.

« Ces recherches cachent quelque chose de presque aussi effrayant. L'objectif déclaré de la recherche est de développer des "organoïdes" cérébraux dotés de compétences auxiliaires spécifiques, qui pourront ensuite être "greffés" sur un cerveau réel, un peu comme un module d'expansion. Je suppose que cela pourrait aller d'un cortex visuel supplémentaire pour les malvoyants à une augmentation surhumaine pour les soldats », a écrit un autre critique sur le sujet.

Source : articles des chercheurs

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