L'Ukraine dit avoir déployé des « robots terrestres » à la place de soldats lors de plus de 21 000 missions au premier trimestredes soldats affirment que le front ressemble à l'univers Terminator
L'Ukraine intensifie massivement l'usage de drones terrestres pour limiter les pertes humaines lors de missions périlleuses sur le front. Au cours du premier trimestre, ces systèmes robotisés ont effectué plus de 21 000 missions, incluant le transport de munitions, le déminage et l'évacuation de blessés. Le nombre d'unités militaires intégrant ces technologies a presque triplé, témoignant d'une automatisation croissante face à la pénurie de soldats. Selon certains commentaires sur ces opérations, le front ressemble désormais à Terminator. La mise à contribution des systèmes robotisés et de l'IA sur les champs de bataille suscite des préoccupations majeures.
L'Ukraine a considérablement intensifié l'usage de drones terrestres, également appelés véhicules terrestres sans pilote (unmanned ground vehicle - UGV), pour soutenir ses opérations militaires face à l'invasion. Selon un nouveau rapport, au cours du premier trimestre de l'année, l'Ukraine a déployé ces systèmes robotisés déployés dans plus de vingt et un mille interventions, marquant une évolution fulgurante dans l'automatisation du champ de bataille.
Les derniers chiffres partagés par le ministère ukrainien de la Défense sont impressionnants. Pour le seul mois de mars, le ministère a recensé plus de 9 000 missions de combat et de logistique, ce qui représente une augmentation majeure par rapport aux 2 900 missions enregistrées en novembre dernier.
Cette montée en puissance s'accompagne d'une adoption généralisée au sein des forces armées ukrainiennes, puisque le nombre d'unités utilisant ces robots a presque triplé en quelques mois, passant de 67 à 167 unités actives sur le terrain. Les analystes soulignent toutefois que malgré leur déploiement accéléré sur le terrain, l'usage des véhicules terrestres sans pilote reste encore secondaire par rapport à la domination écrasante des drones aériens.
Rôles polyvalents et déploiement stratégique sur les fronts
Les véhicules terrestres sans pilote se présentent généralement sous forme de systèmes à chenilles ou à roues. Ils sont spécifiquement conçus pour franchir des terrains difficiles et accomplir des tâches autrefois réservées aux soldats humains dans des environnements hostiles. Ces machines assurent des fonctions essentielles telles que le transport de munitions, le ravitaillement des lignes de front, le déminage et le maintien de positions fortifiées.
Certaines unités utilisent également ces plateformes pour le transport de troupes blessées ou comme supports pour des armes télécommandées. La majorité de ces déploiements se concentre sur les fronts de l'est et du nord-est, où quatre des cinq principales unités utilisatrices sont des brigades de combat.
Par ailleurs, des unités spécialisées, dont le premier bataillon médical séparé de la Légion internationale, ont été pionnières dans l'utilisation des véhicules terrestres sans pilote pour l'évacuation sanitaire. « L'Ukraine mise sur les robots terrestres et recherche des milliards d'investissements supplémentaires pour stimuler sa production nationale d'armes », a déclaré un haut responsable militaire ukrainien lors d'un sommet de l'OTAN en juillet 2024.
Ces véhicules terrestres sans pilote se déclinent en différentes formes et tailles. L’un d’eux roule sur des chenilles et ressemble à un camion de laitier sans toit. Un autre est équipé de roues et d’antennes. Un troisième transporte des mines antichars. « Voilà à quoi ressemble la guerre moderne. Partout, les armées devront se robotiser », a déclaré Victor Pavlov, lieutenant au sein du 3e corps d’armée ukrainien, selon un récent rapport de The Guardian.
Contexte tactique et comparaison avec les drones aériens
L'essor des drones terrestres s'inscrit dans un contexte de guerre d'usure prolongée où l'Ukraine, tout comme la Russie, cherche à compenser les difficultés de recrutement et à protéger ses troupes contre la dangerosité extrême des zones de contact. Bien que l'utilisation de ces engins reçoive désormais une reconnaissance généralisée et mène à la création d'unités dédiées, leur volume d'opération reste encore modeste par rapport aux drones aériens.
Alors que les drones terrestres ont effectué environ 9 000 missions en mars, les drones aériens avaient réalisé plus de 340 000 missions au cours d'un seul mois à la fin de l'année précédente, soulignant que les systèmes terrestres complètent la domination aérienne sans encore l'égaler en matière d'échelle.
Les robots terrestres représentent désormais 90 % de la logistique de l’armée ukrainienne. « Il est très difficile de se déplacer à cause des drones ennemis équipés d’une caméra à la première personne. Nous utilisons donc des systèmes robotiques », a déclaré Victor Pavlov au The Guardian. Selon le rapport du média britannique, en janvier 2026, les forces armées ukrainiennes ont mené 7 000 opérations à l’aide de véhicules terrestres sans pilote.
Ces robots sont équipés de mitrailleuses et de lance-grenades télécommandés. L'un deux, le DevDroid TW 12.7, a défendu une position pendant 45 jours. L’été dernier, un robot kamikaze transportant 200 kg d’explosifs a parcouru 20 km jusqu’à un bâtiment scolaire utilisé par les troupes russes et l’a fait exploser.
Le théâtre d'opérations ressemble davantage à Terminator
« Ce n’est pas Star Wars, où il y a plein de lasers. Le front ressemble davantage à Terminator. Un robot terrestre arrive jusqu’à vous et vous ne pouvez absolument rien y faire », déclare Bambi, opérateur de drone au sein de la 25e brigade aéroportée. Il a ajouté : « si vous tirez sur une personne à la poitrine, elle cesse de tirer. Si vous tirez sur un robot terrestre, il ne ressent aucune douleur. C’est un homme qui regarde un écran et qui va riposter ».
Selon les rapports, les drones terrestres livrent aussi de la nourriture, des munitions et du matériel tel que des rondins, utilisés par les soldats pour construire des abris souterrains. Ils peuvent évacuer jusqu’à trois soldats blessés de la ligne de front. En général, un robot peut fonctionner pendant huit heures. Ils sont plus petits et moins visibles que les véhicules blindés, qui peuvent être facilement repérés par les drones-espions russes, puis détruits.
L'été dernier, pour la première fois dans l'histoire de la guerre, des soldats russes se sont même rendus face à un robot terrestre armé. Les soldats, dont l'un était couvert de sang, sont sortis d'un bâtiment en ruines. Leur position avait auparavant été soumise à des tirs ukrainiens soutenus. Le 3e corps d'armée a déclaré avoir pu déployer des véhicules sans pilote pour reprendre la zone dans le cadre d'une « opération offensive bien planifiée ».
Ce corps d'armée, basé dans le nord-est de l'Ukraine, a été l'un des pionniers dans le développement de véhicules terrestres sans pilote. Son école, l'académie KillHouse, forme des pilotes d'UGV. La Russie recourt également largement aux systèmes terrestres. Elle a mis au point un véhicule électrique baptisé « Courier », capable de transporter 250 kg de fret vers les troupes de première ligne et de mener des opérations de guerre électronique.
Une course à la militarisation des technologies comme l'IA
L'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en est désormais à sa cinquième année. Ce conflit a vu une transformation stupéfiante des armes et des tactiques utilisées sur le champ de bataille. La guerre entre l'Ukraine et la Russie est également devenue une bataille technologique, menée non pas avec des chars coûteux, mais avec des drones bon marché et jetables, capables de larguer des charges explosives avec une précision redoutable.
Cette évolution technologique permet aux brigades de maintenir des positions défensives tout en opérant dans des zones extrêmement dangereuses. En somme, la robotique de combat devient un pilier essentiel de la stratégie ukrainienne, mais aussi russe, pour compenser les défis démographiques du conflit.
Mais ces pays ne sont pas les seuls à se lancer dans la militarisation des technologies modernes. L'armée chinoise a dévoilé en 2024 un nouveau type de compagnon de combat pour ses soldats : un robot-chien avec une mitrailleuse attachée à son dos. Dans une démo, on voit des membres des militaires chinois opérer sur un champ de tir aux côtés du robot sur lequel est monté ce qui semble être une variante du fusil d'assaut QBZ-95 de 5,8 x 42 mm.
Dans un scénario, les soldats chinois se tiennent de part et d'autre d'une porte tandis que le robot-chien pénètre dans le bâtiment devant eux ; dans un autre, le robot tire une rafale de balles alors qu'il avance sur une cible. « Le robot peut servir de nouveau membre dans nos opérations de combat urbain, remplaçant nos membres pour mener la reconnaissance, identifier l'ennemi et frapper la cible pendant notre entraînement », rapporte la CCTV.
En 2023, le Pentagone a expérimenté l'équipement de robots terrestres quadrupèdes avec sa carabine standard M4A1 de 5,56 x 45 mm, le fusil XM7 de 6,8 mm que l'armée américaine est en train d'adopter dans le cadre de son programme « Next Generation Squad Weapon ». En septembre 2022, l'armée israélienne a installé une arme automatique à un poste de contrôle très fréquenté de la ville d'Hébron (Al-Khalil), en Cisjordanie occupée.
Préoccupations liées à la militarisation de ces technologies
Eric Schmidt est un homme d'affaires américain avec une fortune personnelle estimée à plus de 35,5 milliards de dollars. Il a dirigé Google de 2001 à 2011 et est également connu pour avoir des positions très controversées sur la technologie, notamment l'IA. En août 2024, par exemple, s'adressant à des étudiants, Eric Schmidt les a invités à ne pas avoir peur de voler les données dont ils ont besoin pour entraîner leurs grands modèles de langage.
Il a présidé la National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) du gouvernement américain, une organisation qui conseille le président et le Congrès sur les questions de sécurité nationale et de défense relatives à l'IA. « Le coût de l'autonomie diminue si rapidement que la guerre des drones, qui est l'avenir des conflits, permettra de se débarrasser des chars, de l'artillerie et des mortiers », a prédit à l'époque l'ancien PDG de Google.
Aujourd'hui, il travaille à militariser l'IA. Il a aussi laissé entendre que « les progrès de l'IA sont plus importants que la préservation du climat ». Il estime que nous devrions nous lancer à fond dans la construction de centres de données d'IA, car « de toute façon, nous n'atteindrons jamais nos objectifs climatiques ».
Un rapport publié en mars 2024 a révélé que l'armée de l'air américaine envisage d'introduire 1 000 drones contrôlés par l'IA pour améliorer ses capacités de combat aérien. Ces drones seront conçus pour accompagner et protéger les avions avec équipage, comme les chasseurs F-35 et les bombardiers B-21. Ils pourront porter leurs propres armes, frapper d'autres aéronefs et des cibles au sol, ainsi qu'effectuer des missions de reconnaissance.
Conclusion
L'introduction des drones aériens et terrestres annonce un changement de paradigme dans la guerre, combinant l'innovation technologique et l'agilité stratégique. Cependant, elle soulève des préoccupations. Des experts appellent à l'interdiction des armes autonomes létales. Mais leur appel reste jusque-là sans réponse et les tentatives visant à élaborer des normes pour réglementer ces développements sur le plan mondial ont été infructueuses.
Un rapport de 2023 a révélé que les scientifiques du Pentagone discutent de la création de super-soldats cybernétiques qui ne ressentent rien lorsqu'ils tuent, ce qui rapproche davantage d'un monde où Skynet ne relèverait plus de la science-fiction. Le super-soldat du Pentagone est décrit comme le soldat du futur et sera inondé de stimulants antidouleur, amélioré avec des implants cérébraux, du sang synthétique et d'autres équipements technologiques.
D'autres grandes puissances militaires, telles que la Chine et la Russie, auraient déjà leurs propres programmes de recherche dans le domaine des armes autonomes létales. Selon les experts, les conflits du futur seront essentiellement technologiques, car l'IA est en train de changer le visage de la guerre. Toutefois, alors que les poches de tensions se multiplient, les risques pour l'humanité sont encore inconnus et font l'objet de très peu de débats publics.
Source : ministère ukrainien de la Défense
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