L'activité de robotaxis de Tesla a connu un recul au deuxième trimestre 2026. Les données indiquent une chute de 36 % des kilomètres parcourus par les passagers payants, contredisant la stratégie officielle de l'entreprise axée sur l'autonomie. Cette baisse s'accompagne d'un changement de discours : la direction admet désormais devoir collecter des données spécifiques pour le nouveau modèle Cybercab. Tesla justifie cette lenteur par une prudence accrue en matière de sécurité afin d'éviter des répercussions réglementaires et médiatiques négatives. Mais les robotaxis de Tesla ont un taux d'accidents neuf fois plus élevé que les conducteurs humains.Le 22 juillet, Tesla a annoncé ses résultats financiers du deuxième trimestre. Le constructeur a déclaré un chiffre d’affaires de 28,24 milliards de dollars, supérieurs aux 26,32 milliards attendus par Wall Street, soit une hausse de 26 % par rapport à l’année précédente. Tesla affiche un bénéfice par action ajusté de 0,33 dollar, inférieur à l’estimation de 0,50 dollar. L’EBITDA ajusté s’est établi à 3,2 milliards de dollars, contre 4 milliards attendues.
L'activité du réseau de robotaxis de Tesla a subi une baisse significative. Alors que les trajets avec des passagers payants représentaient environ 1,8 million de kilomètres au premier trimestre, ce chiffre est tombé à 1 126 540,8 de kilomètres au trimestre suivant, soit une chute d'environ 36 %. Ce ralentissement contredit directement les ambitions du PDG Elon Musk, qui déclarait en 2024 vouloir « foncer à fond sur l'autonomie, sans retenue ».
Ce recul représente un grand revers pour Elon Musk face à l'avance confortable de Waymo, la filiale d'Alphabet. Le service de Tesla continue toutefois de s'étendre dans six villes au Texas et en Floride, tout en incluant des kilomètres effectués sous la supervision d'un conducteur dans la région de San Francisco.
Un changement stratégique pour une collecte de données
Face à la lenteur du déploiement de ses robotaxis autonomes, Elon Musk a déclaré que Tesla devait accumuler des données de conduite spécifiques au Cybercab avant de pouvoir introduire un grand nombre de ces nouveaux véhicules sur les routes. L'entreprise est ainsi contrainte de modifier certains Cybercab en y ajoutant provisoirement des volants et des pédales afin d'accumuler plus de kilomètres et de calibrer spécifiquement leur châssis.
Cette nouvelle approche marque une rupture avec les affirmations passées de Tesla, selon lesquelles sa flotte existante de près de 10 millions de véhicules clients collectait déjà silencieusement en arrière-plan toutes les données de conduite nécessaires au développement des futurs véhicules entièrement autonomes. La société justifie également ce rythme ralenti par un impératif strict de prudence ainsi que sa volonté d'éviter la mauvaise presse.
Elon Musk tente de réorienter Tesla. Toutefois, son insistance à affirmer que le service de robotaxis de Tesla est en pleine croissance contraste avec la réalité : le kilométrage reste pratiquement stable, le nombre de véhicules semble diminuer et, malgré les affirmations de l’équipe de direction de Tesla selon lesquelles il n’y aurait « aucun incident notable », la sécurité de la technologie de conduite autonome semble rester une question en suspens.
L'entreprise a fait de son mieux pour présenter la situation comme évoluant dans la bonne direction. De son côté, Ashok Elluswamy, vice-président de l'IA chez Tesla, a récemment affirmé que les véhicules sans opérateur de sécurité avaient parcouru plus de 611 550 kilomètres. Et d'après Elon Musk, ce chiffre augmentait à un rythme de 10 % par semaine en matière de kilomètres parcourus. Mais ses critiques remettent ces chiffres en cause.
La prudence face aux risques d'accidents et de régulations
Elon Musk craint les conséquences d'un éventuel accident, affirmant que « blesser ne serait-ce qu'une personne ferait la une des médias du monde entier et que les régulateurs séviraient alors immédiatement contre leurs activités ». Au fil des ans, les véhicules Tesla ont été impliqués dans de nombreux accidents mortels, dont certains liés à des défaillances techniques de ses logiciels Autopilot et Full Self-Driving (FSD), et ses choix de conception.
« Nous avançons aussi vite que possible dans le déploiement du service de robotaxis, tout en veillant à ne blesser personne et, dans l’idéal, à ne même pas renverser un animal de compagnie », a déclaré Elon Musk aux investisseurs lors de la conférence téléphonique sur les résultats financiers du deuxième trimestre.
L'entreprise a tout de même dû signaler 22 accidents aux autorités au cours de l'année d'essai de son service, dont plusieurs collisions à basse vitesse avec des obstacles et quelques incidents causés par des téléopérateurs à distance. Selon un rapport de février, les robotaxis de Tesla d'Elon Musk ont un taux d'accidents neuf fois plus élevé que les conducteurs humains, et ce malgré la présence d'un moniteur de sécurité dans chaque véhicule.
De plus, selon le rapport financier du quatrième trimestre 2025 de Tesla, sa flotte de robotaxis a parcouru environ 500 000 miles (environ 804 672 kilomètres) à Austin en novembre 2025. Cela correspond à environ un accident tous les 55 000 miles (environ 88 514 km). À titre de comparaison, selon les données de la NHTSA, les conducteurs humains aux États-Unis ont en moyenne environ un accident signalé à la police tous les 500 000 miles.
Cela signifie que les robotaxis de Tesla ont un taux d'accidents 9 fois supérieur à celui des conducteurs humains moyens. Toutefois, ce chiffre n'inclut pas les incidents non signalés à la police. Si l'on ajoute ceux-ci, ou plutôt une estimation de ceux-ci, les humains sont plus proches de 200 000 miles (321 869 kilomètres) entre deux accidents, ce qui reste bien meilleur que les robotaxis déployés par l'entreprise d'Elon Musk sur les routes publiques.
Tesla maintient le cap technologique basé sur les caméras
Malgré les nombreuses défaillances techniques, Tesla réaffirme la pertinence de ses choix matériels. Ashok Elluswamy a lancé une pique aux concurrents de Tesla qui utilisent des capteurs LiDAR, contrairement à l’approche de Tesla qui repose exclusivement sur des caméras. « Historiquement, les soi-disant experts ont toujours affirmé qu’il fallait des lidars, des radars, des cartes HD et tout le tralala pour conduire en toute sécurité », a-t-il déclaré.
« Nous démontrons ici que ce n’est pas vrai. Il est possible d’obtenir une conduite autonome sûre, confortable et abordable avec de simples caméras. Ce record devrait constituer une validation majeure de l’approche globale de Tesla en matière d’IA ». Mais les chiffres de Tesla semblent contredire ce discours. Waymo, qui utilise un ensemble de capteurs LiDAR, de radars et des caméras, parcourt environ quatre millions de kilomètres par semaine.
Un an après le lancement de ses robotaxis, le kilométrage total de Tesla représente moins de 10 % de ce chiffre. Cette réalité inquiète les investisseurs, James Picariello, analyste senior chez BNP Paribas Equity Research, parlant d’un « déclin alarmant » dans une note de recherche adressée à ses clients.
La sécurité constitue un autre obstacle. Par ailleurs, un cadre réglementaire plus restrictif pourrait limiter le marché potentiel global des robotaxis Tesla, ce qui irait à l’encontre du message de l’entreprise, qui prône un service plus généralisé capable de circuler partout, quelles que soient les conditions. Tesla fait déjà l'objet de...
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