Pour la première fois, des drones entièrement autonomes de l'armée ukrainienne ont tué des soldats russes sans aucune intervention humainel'Ukraine délègue à l'IA des décisions engageant la vie humaine
La délégation des décisions de vie ou de mort aux machines se confirme de plus en plus. Des drones entièrement autonomes ont, pour la première fois, tué des soldats sans aucune intervention humaine lors d'un test en Ukraine. Bien que l'IA soit déjà utilisée pour le ciblage, ce déploiement marque un tournant historique où la machine décide seule d'ouvrir le feu. Le test, qui a impliqué des appareils programmés pour éliminer toute présence dans une zone définie, soulève d'importantes questions éthiques et juridiques à l'échelle mondiale. Les experts s'inquiètent de la perte de responsabilité humaine et des risques de bavures inhérents à ces technologies.
Un haut responsable de l'industrie de la défense ukrainienne, Alexander Kokhanovskyy, a révélé qu'un test impliquant des drones entièrement autonomes a été mené il y a deux ans sur la ligne de front en Ukraine. Lors de l'opération, menée par une unité militaire non nommée près des villes de Bakhmut et de Chasiv Yar, dix drones contrôlés par une IA ont été déployés. Cela marque un tournant majeur dans l'histoire moderne des conflits armés.
Cette opération constitue la preuve la plus catégorique à ce jour que des morts ont été causés au combat uniquement par des décisions prises par une IA. Lors de ce test, les quadricoptères ont été programmés pour parcourir entre trois et cinq kilomètres avant d'activer un mode d'attaque surnommé "Terminator".
Dans cette configuration, le modèle d'IA cherche et intercepte les cibles de manière totalement indépendante, coupant toute connexion avec les opérateurs humains qui ne reçoivent plus aucun retour vidéo. Ne pouvant suivre l'attaque en direct, les forces ukrainiennes ont dû envoyer des drones pilotés manuellement après le test pour vérifier la zone. Le constat : les drones avaient effectivement tué quelques soldats russes et détruit un camion.
Réglementations ukrainiennes et préoccupations éthiques
Malgré le succès apparent de ce test, « le gouvernement ukrainien interdit actuellement l'utilisation de l'IA pour la phase finale d'interception d'une cible ». Des responsables militaires, comme le major Danylo Polozhukhno, affirment que si des systèmes intelligents d'aide au ciblage sont utilisés, « un opérateur humain reste toujours impliqué pour valider le tir », ceci afin de respecter le droit international humanitaire et de limiter les pertes civiles.
Toutefois, les préoccupations demeurent. Sur le plan international, le recours à ces armes suscite de vives inquiétudes. L'Organisation des Nations Unies craint que ces systèmes automatisés ne violent les droits humains et ne commettent des erreurs tragiques en frappant des alliés ou des civils. Des chercheurs soulignent également qu'autoriser une machine à tuer » supprime la responsabilité humaine de l'attaquant et vole la dignité des soldats.
Selon un rapport récent publié par New Scientist, en raison des règles strictes imposées par l'Ukraine, le projet "Terminator" n'a pas été déployé à plus grande échelle après ce premier test. Alexander Kokhanovskyy dirige désormais Aero Center, une entreprise qui développe un nouveau système de défense, appelé ALITA, conçu pour intercepter de manière autonome les drones kamikazes russes avant qu'ils n'atteignent des zones civiles.
Bien que ce système, prévu pour octobre, soit techniquement capable d'automatiser toutes les étapes de l'interception, les réglementations exigent toujours qu'un opérateur humain valide la destruction de la cible finale. Le gouvernement ukrainien est toutefois en discussion avec l'industrie de la défense pour évaluer si ces règles restrictives pourraient être assouplies à l'avenir, une évolution qu'Alexander Kokhanovskyy appelle de ses vœux.
Une hégémonie militaire acquise grâce à la technologie
« Nous l’avons essayé. Il s’agissait d’un test. Nous ne l’avons jamais mis en œuvre [à plus grande échelle]. Il suffit de le lancer et nous savons que tout sera détruit – tout ce qui se trouvera dans cette zone précise sera détruit. Il n’y a absolument aucune connexion avec le drone, on ne peut pas voir la vidéo, rien… Tout ce qu’il voit sera détruit », a déclaré Alexander Kokhanovskyy dans une récente interview accordée à New Scientist.
Ces avancées technologiques et tactiques suscitent l'admiration et l'intérêt croissant des pays occidentaux, qui voient l'industrie de défense ukrainienne évoluer à une vitesse stupéfiante. Grâce à la mise en contribution de l'IA, des drones et des robots terrestres, plusieurs tendances à long terme ont évolué en faveur de l’Ukraine. Cependant, pour le gouvernement ukrainien, déclarer victoire exigera bien plus qu'une simple cessation des hostilités.
Selon des chiffres partagés par le ministère ukrainien de la Défense, au cours du premier trimestre, l'Ukraine a déployé des systèmes robotisés dans plus de 21 000 interventions, marquant une évolution fulgurante dans l'automatisation du champ de bataille. Pour le seul mois de mars, 9 000 missions de combat et de logistique ont été recensées, ce qui représente une hausse majeure par rapport aux 2 900 missions enregistrées en novembre dernier.
Cette montée en puissance s'accompagne d'une adoption généralisée au sein des forces armées ukrainiennes, puisque le nombre d'unités utilisant ces robots a presque triplé en quelques mois, passant de 67 à 167 unités actives sur le terrain. Les analystes soulignent toutefois que malgré leur déploiement accéléré sur le terrain, l'usage des véhicules terrestres sans pilote reste encore secondaire par rapport à la domination écrasante des drones aériens.
Rôles polyvalents et déploiement stratégique sur les fronts
Les véhicules terrestres sans pilote se présentent généralement sous forme de systèmes à chenilles ou à roues. Ils sont spécifiquement conçus pour franchir des terrains difficiles et accomplir des tâches autrefois réservées aux soldats humains dans des environnements hostiles. Ces machines assurent des fonctions essentielles telles que le transport de munitions, le ravitaillement des lignes de front, le déminage et le maintien de positions fortifiées.
Certaines unités utilisent également ces plateformes pour le transport de troupes blessées ou comme supports pour des armes télécommandées. La majorité de ces déploiements se concentre sur les fronts de l'est et du nord-est, où quatre des cinq principales unités utilisatrices sont des brigades de combat.
Par ailleurs, des unités spécialisées, dont le premier bataillon médical séparé de la Légion internationale, ont été pionnières dans l'utilisation des véhicules terrestres sans pilote pour l'évacuation sanitaire. « L'Ukraine mise sur les robots terrestres et recherche des milliards d'investissements supplémentaires pour stimuler sa production nationale d'armes », a déclaré un haut responsable militaire ukrainien lors d'un sommet de l'OTAN en juillet 2024.
Ces véhicules terrestres sans pilote se déclinent en différentes formes et tailles. L’un d’eux roule sur des chenilles et ressemble à un camion de laitier sans toit. Un autre est équipé de roues et d’antennes. Un troisième transporte des mines antichars. « Voilà à quoi ressemble la guerre moderne. Partout, les armées devront se robotiser », a déclaré Victor Pavlov, lieutenant au sein du 3e corps d’armée ukrainien, selon un récent rapport de The Guardian.
Conclusion
L'avènement d'armes létales agissant sans supervision humaine soulève une urgence éthique et juridique internationale, poussant notamment les Nations Unies à réclamer leur interdiction afin d'éviter que le jugement humain ne disparaisse des conflits. La perspective de déléguer le droit de tuer à une IA pose un profond problème moral, car cette automatisation déresponsabilise les attaquants et bafoue également la dignité humaine des cibles.
S'exprimant récemment sur France 24, Mariarosaria Taddeo, professeure d'éthique numérique et de technologies de défense à l'Oxford Internet Institute de l'université d'Oxford, a déclaré que « ces systèmes sont totalement aveugles ». Selon Mariarosaria Taddeo, « que le système détecte un combattant, un enfant ou une personne âgée, il ne sera pas capable de faire la distinction ni conçu pour cela, ce qui mettra davantage les civils en danger ».
Selon certains spécialistes, le véritable défi des prochaines années ne sera pas nécessairement la technologique, mais résidera dans la capacité des gouvernements à maintenir leurs garde-fous légaux face à l'évolution des algorithmes, plutôt que de céder à la tentation d'un avantage tactique absolu.
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Selon vous, comment l'humanité peut-elle faire face à la prolifération rapide des armes autonomes létales ?Voir aussi
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